Chine : un modèle énergétique en pleine évolution

Chine : un modèle énergétique en pleine évolution

Depuis 2015 et l’Accord de Paris, la Chine s’emploie à privilégier les énergies propres et les résultats se font ressentir. Son objectif avoué – diminuer la part du charbon dans le mix énergétique de 64% à moins de 58% en 2020 – a de grandes chances d’être atteint au vu des investissements massifs réalisés ces derniers mois. Plus que jamais, l’évolution du modèle énergétique chinois est un enjeu majeur pour l’ensemble de la planète.

Le dernier printemps chinois s’est ouvert avec un sourire vert et respirable. Comme un symbole, le gouvernement chinois a décidé de fermer la centrale thermique de Huangneng, la dernière usine de charbon de Pékin. Asphyxié depuis de longues années par les nuages toxiques (le niveau de particules fines est 10 fois supérieur au niveau maximum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé), les habitants de la capitale chinoise rêvent d’un air plus pur. La promesse émise par le gouvernement il y a 4 ans sur la production d’une électricité intégralement générée par le gaz naturel a, donc, été tenue. Elle souligne la politique incitative en faveur des énergies propres.

Le charbon en retrait

Pour la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, le combat pour un modèle à faible intensité de carbone s’annonce long. Car sa dépendance au charbon est encore grande. Ce dernier fournit à lui seul 60% de l’électricité chinoise. Lentement mais sûrement, les choses évoluent et la consommation décroît d’année en année. En 2016, elle a, par exemple, diminué de 4,7%. Cette « révolution énergétique », selon les mots de Pierre Cannet, responsable de programme Climat, Energie et Infrastructures durables au WWF France, est palpable dans les grandes villes, mais également dans les régions plus rurales où les chaudières à charbon se font progressivement remplacer par des unités de cogénération biomasse. Ces améliorations se lisent aussi à travers les rapports dressés par les grandes institutions. En juin 2017, la Banque mondiale a livré son classement des pays respectant le mieux la réglementation en matière d’énergie durable. La Chine a été classée 21ème, soit une progression spectaculaire en la matière.

Le nucléaire, enjeu-clé

Pour remplacer le charbon et diminuer ainsi sa consommation d’électricité issue des énergies fossiles, la Chine a plusieurs atouts. À commencer par le nucléaire. Dans son 13ème plan quinquennal sur l’énergie dévoilé en novembre 2016, le gouvernement a exprimé son souhait de doubler sa capacité nucléaire d’ici 2020, soit près de 60 GW. L’empire du Milieu projette même de construire entre 5 et 8 centrales nucléaires d’ici 2030. Dans le dossier nucléaire, l’enjeu autour de la sécurité et de la fiabilité technologique est majeur. C’est pour cela que la Chine souhaite accroître sa capacité d’innovation à travers des coopérations étrangères. C’est le cas avec EDF qui gère avec le groupe nucléaire chinois CGN la construction de deux réacteurs EPR à Taishan (Sud-Est de la Chine). Pour rappel, un EPR (European Pressurized Reactor) est un réacteur nucléaire à eau pressurisée de troisième génération, le plus puissant au monde jamais créé pouvant atteindre les 1600 MW.

Si les derniers tests effectués s’avèrent concluants, l’un des deux réacteurs pourrait être mis en service d’ici la fin de l’année 2017. Ce serait, à coup sûr, une étape majeure franchie par la Chine qui n’a jamais caché son ambition de se développer en Europe avec ses propres modèles de réacteurs nucléaires.

Gaz, éolien, solaire : des investissements massifs

Enfin, la Chine a clairement exprimé son souhait de développer d’autres énergies renouvelables. En 2020, elles devraient représenter entre 15% et 20% de son mix énergétique. Déjà premier producteur mondial d’électricité éolienne (140 GW), solaire (43 GW) et hydraulique (3 GW), le géant asiatique s’est clairement engagé à développer les énergies propres à travers un investissement global de 361 milliards de dollars. À terme, l’objectif est de créer 13 millions d’emplois dans le secteur des énergies propres.

Là encore, EDF se révèle être un partenaire de choix, lui qui a racheté, en juillet 2016, 80% des parts de la société chinoise UPC Asia Wind Management (AWM), spécialisée dans les projets éoliens. D’ici 2020, l’objectif de la Chine est de franchir la barre des 200 GW de capacité éolienne. Concernant sa propre consommation, la deuxième puissance mondiale s’est également décidée à importer du gaz naturel liquéfié (GNL). Sur les six premiers mois de l’année 2017, elle a fait acheminer depuis les Etats-Unis près de 16 millions de tonnes de gaz, un chiffre qui témoigne d’un réel engagement vers une consommation raisonnée.

Et puisque rien n’est jamais trop grand pour la Chine, elle vient de dévoiler sa toute dernière centrale photovoltaïque. Située sur un lac à proximité de Huainan City, elle mesure près de 800 000m2, ce qui fait d’elle la plus grande centrale jamais construite. Les milliers de panneaux solaires permettent aujourd’hui d’alimenter 16 000 foyers en électricité.

À l’heure où les Etats-Unis souhaitent quitter l’Accord de Paris, la Chine semble être bien décidée à respecter ses engagements. De quoi respirer un petit peu !

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