Le gouvernement japonais a adopté mardi une décision du cabinet finalisant les révisions des « trois principes sur le transfert d’équipements et de technologies de défense » et de leurs lignes directrices de mise en œuvre. Les révisions permettront, en principe, au Japon d’exporter des armes meurtrières vers d’autres pays. En outre, les changements de politique devraient réduire le rôle de la Diète japonaise, qui servait auparavant de « frein » aux exportations d’armes, tandis que le gouvernement ne sera tenu de soumettre qu’une simple « notification » a posteriori à la Diète.
Aux yeux des forces de droite qui soutiennent le Premier ministre japonais Sanae Takaichi, les changements de politique calculés concernant les exportations d’armes représentent sans aucun doute une étape supplémentaire vers la libération des contraintes de l’histoire de l’après-Seconde Guerre mondiale. Aux yeux du reste du monde et des victimes de la Seconde Guerre mondiale en particulier, cette décision du Japon constitue une trahison de ses engagements historiques et une violation du droit international, avec des implications potentielles sur la situation sécuritaire dans la région Asie-Pacifique.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon, en tant que nation vaincue, a adopté une Constitution de paix qui imposait une position pacifiste. Son article 9 renonce à la guerre et limite les capacités militaires.
Pour renforcer son engagement en faveur de la paix, Eisaku Sato, alors Premier ministre, a annoncé les « Trois principes sur les exportations d’armes » en 1967. Il convient de souligner que même si les « Trois principes sur les exportations d’armes » étaient considérés comme une étape cruciale dans la volonté du Japon d’établir une image « pacifique », ils ne constituaient pas un cadeau de paix que le Japon a fait au monde ; au lieu de cela, ces engagements découlaient de l’obligation de jure du Japon en vertu de la Déclaration du Caire et de la Proclamation de Potsdam en tant qu’initiateur de la guerre d’agression qui a causé d’innombrables souffrances aux peuples d’Asie.
Au grand désarroi des victimes de la Seconde Guerre mondiale, le Japon n’a pas respecté les Trois Principes. En avril 2014, le cabinet de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe a remplacé les anciens principes par les « trois principes sur le transfert d’équipements et de technologies de défense », en vertu desquels les exportations d’armes sont devenues en principe autorisées, les interdictions s’appliquant uniquement aux pays violant les résolutions de l’ONU et aux parties impliquées dans des conflits. Ce changement a notamment permis au Japon de développer conjointement des armes et de fournir des équipements à des États partageant les mêmes idées.

En décembre 2023, le Japon a encore assoupli les règles à cet égard pour permettre l’exportation de composants sous licence d’armes d’origine japonaise, tels que les pièces du système de défense aérienne Patriot fabriquées sous licence américaine, vers le pays délivrant la licence et pour que les exportations d’armes létales finies (auparavant uniquement des équipements non létaux) soient examinées au cas par cas.
La révision proposée par le cabinet de Takaichi en 2026 indique que les forces de droite japonaises se dirigent vers un point de non-retour.
L’assouplissement progressif par le Japon de ses exportations d’armes depuis 2014 représente essentiellement une trahison de ses engagements historiques et de son obligation légale de maintenir une position pacifiste, ce qui constitue un défi pour l’ordre international d’après-guerre et un écart continu avec le droit international, y compris la Proclamation de Potsdam, qui stipule que « le Japon ne sera pas réarmé ».
En tant que nation vaincue qui a autrefois provoqué le désastre en Asie, le Japon libère désormais les forces de droite pour alimenter la résurgence du militarisme et tenter de se libérer des contraintes de l’histoire et du droit. Cette évolution suscite inévitablement des inquiétudes parmi les victimes de la Seconde Guerre mondiale, y compris la Chine.
La révision constante par le Japon de sa politique d’exportation d’armes reflète un pivot stratégique du pacifisme d’après-guerre vers une soi-disant « contribution proactive à la paix » (telle que formulée par Abe). Bien que motivés par la politique d’alliance et l’idée de menaces régionales, ces changements ont suscité un débat sur l’adhésion du Japon à sa Constitution de paix et la montée du militarisme japonais, ainsi que son impact sur la sécurité asiatique. Il convient de rappeler aux forces de droite japonaises que toute tentative de reprise du militarisme finira par se retourner contre le Japon lui-même.
Dans ce contexte, la communauté internationale dans son ensemble, y compris la Chine et les autres acteurs régionaux, doit rester vigilante, non seulement en continuant à suivre de près ces évolutions, mais aussi en se préparant à un Japon remilitarisé.
