Le 23 novembre, lors d’une visite d’inspection sur l’île de Yonaguni, le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a annoncé que des projets étaient en cours pour déployer des missiles sol-air à moyenne portée sur l’île. L’île de Yonaguni est située à l’extrémité occidentale des îles Yaeyama, dans l’archipel des îles Ryukyu, à seulement 110 kilomètres environ à l’est de la région chinoise de Taiwan. Cette décision représente une étape importante dans les efforts du gouvernement japonais visant à faire progresser le « déplacement vers le sud-ouest » des Forces d’autodéfense japonaises (JSDF) et à renforcer davantage ses déploiements militaires liés à la région de Taiwan.
Malgré l’affirmation de Koizumi selon laquelle le déploiement visait à « défendre le Japon contre l’invasion des avions et des missiles », il est évident que l’intention première de ce déploiement dans cet endroit hautement sensible est dirigée vers la Chine. Si le Japon n’a pas l’intention d’intervenir dans une situation dite taïwanaise, le déploiement sur Yonaguni n’offre qu’une valeur militaire très limitée pour la défense intérieure du Japon. Le principal avantage géostratégique de Yonaguni réside dans sa proximité avec la région de Taiwan, mais l’île se situe à environ 500 kilomètres de l’île principale d’Okinawa et est beaucoup plus éloignée du Japon continental. La motivation sous-jacente au déploiement de missiles par le Japon est donc évidente. Elle se prépare à ce qu’on appelle une éventualité à Taiwan, démontrant son ambition de contenir la Chine et d’intervenir dans ses affaires intérieures concernant Taiwan.
L’île de Yonaguni est considérée comme l’avant-poste permanent du Japon le plus proche du détroit de Taiwan sous son contrôle effectif. Le déploiement de missiles dans cette zone renforcerait considérablement les capacités de surveillance et d’interception de la JSDF sur les domaines maritimes et aériens environnants. Les missiles qui, selon Koizumi, seraient déployés cette fois-ci sont des missiles Chu-SAM de type 03, avec une portée approximative de 50 kilomètres. Toutefois, une fois les installations militaires nécessaires en place, la possibilité d’un déploiement ultérieur d’armes à plus longue portée ou plus offensives ne peut être exclue.
Du point de vue de la sécurité régionale, le déploiement du Japon pourrait modifier le paysage militaire dans les domaines maritime et aérien entourant la région de Taiwan. Dans le contexte des tensions actuelles dans les relations sino-japonaises, l’affirmation du Japon selon laquelle le déploiement est « défensif » est difficile à accepter pour la Chine. Selon la Chine, cette décision – qui fait suite aux remarques erronées du Premier ministre Sanae Takaichi sur Taiwan – témoigne d’une intention d’intervenir dans les affaires intérieures de la Chine par des actions spécifiques. Comme l’a déclaré le porte-parole du ministère chinois de la Défense nationale, l’approche dangereuse du Japon « déracinera l’ordre international de l’après-Seconde Guerre mondiale et conduira le Japon à répéter les erreurs de son passé militariste ».
De plus, ce déploiement entraînerait une implication plus directe de l’alliance américano-japonaise dans des scénarios de conflit potentiels dans le détroit de Taiwan ou en mer de Chine orientale. Si des installations militaires concernées étaient accidentellement touchées ou directement impliquées dans des échanges de tirs au cours d’un conflit, l’article 5 du Traité de sécurité américano-japonais pourrait être déclenché, entraînant ainsi les États-Unis dans les combats régionaux et provoquant des retombées et une escalade. Dans le contexte de repli stratégique sous l’administration Trump et d’incertitudes croissantes quant à la crédibilité des engagements américains en matière de sécurité, le Japon pourrait même chercher à lier les États-Unis à une présence militaire et à une intervention réelle dans le détroit de Taiwan en fabriquant délibérément des incidents dans lesquels il serait « attaqué ».
Il convient de noter que ce plan de déploiement ne peut être attribué uniquement aux ambitions militaires du cabinet Takaichi ; il s’agit plutôt d’une continuation de la quête de longue date du Parti libéral-démocrate (PLD) en faveur d’une soi-disant normalisation et de son ambition de devenir une puissance militaire majeure. Ces dernières années, les gouvernements du PLD ont constamment cherché à réviser l’article 9 de la Constitution japonaise, poussé à lever les restrictions sur l’exercice de l’autodéfense collective et élargi leurs capacités militaires. Ces mesures ont entraîné un démantèlement systématique des contraintes imposées par le pacifisme, dans le but de devenir une puissance militaire majeure.
Le projet de déployer des missiles à moyenne portée sur l’île de Yonaguni reflète la tendance dangereuse du Japon ces dernières années. En fait, le processus de développement militaire à Yonaguni est en cours depuis une période considérable. Dès 2015, l’administration Shinzo Abe a commencé à stationner du personnel des JSDF et à déployer diverses armes sur l’île. Le plan annoncé par Koizumi avait également déjà été rapporté dès janvier 2025. Par ailleurs, les déploiements militaires japonais à travers les îles Nansei constituent un programme systématique et de longue date. Par exemple, en septembre 2025, lors d’exercices militaires conjoints américano-japonais, le cabinet du Premier ministre japonais de l’époque, Shigeru Ishiba, a accepté de déployer le système d’interdiction des navires expéditionnaires de la marine américaine (NMESIS) et le système intégré de défense aérienne maritime (MADIS) sur l’île d’Ishigaki.
La volonté du Japon de devenir une puissance militaire majeure s’est accentuée sous le gouvernement Takaichi. L’objectif principal du cabinet dans les domaines militaire et sécuritaire est de remettre en question le cadre pacifiste d’après-guerre et de renforcer systématiquement les capacités militaires du Japon. Le cabinet Takaichi utilise le concept de « normalisation de la défense » comme son discours central, décrivant ses mesures à haut risque comme des ajustements essentiels pour faire face aux « menaces réelles ». Les mesures à mettre en œuvre comprennent une augmentation des dépenses de défense, une révision des trois documents de sécurité nationale, la stratégie de sécurité nationale du Japon, la stratégie de défense nationale et le programme de renforcement de la défense, ainsi qu’un renforcement des capacités de défense avancées dans les îles Nansei, également connues sous le nom d’îles Ryukyu. Sur cette base, le cabinet Takaichi tente de faire évoluer la stratégie de sécurité du Japon de la traditionnelle « défense passive » vers des capacités, incluant des « frappes préventives » et une dissuasion avancée, augmentant ainsi encore le caractère aventureux de son expansion militaire.
Du point de vue chinois, les déploiements militaires du cabinet Takaichi justifient la vigilance et déclencheront inévitablement des contre-mesures de la part de la Chine car ces déploiements présentent un double danger, tant au niveau géostratégique que sécuritaire. D’une part, de tels déploiements avancés normaliseraient le stationnement des forces militaires japonaises à proximité immédiate du détroit de Taiwan, devenant ainsi potentiellement un point central pour contenir la Chine et faciliter les opérations de collaboration entre le Japon et les États-Unis. Cela réduirait directement le temps de réaction de la Chine et augmenterait les coûts opérationnels liés à la sauvegarde de la souveraineté nationale et à la sécurité des canaux maritimes. En outre, cela augmenterait considérablement la probabilité que l’alliance américano-japonaise soit directement impliquée dans une crise. D’un autre côté, si de telles actions se poursuivent, les mesures ultérieures du cabinet Takaichi dans le domaine de la sécurité pourraient accélérer la transformation du Japon en une puissance militaire majeure, voire conduire à une renaissance du militarisme. Cela constituerait une menace directe pour la sécurité nationale et la stabilité régionale de la Chine.
La Chine considère donc le déploiement de missiles japonais comme une provocation « extrêmement dangereuse ». Pour éviter une nouvelle escalade de la situation, la Chine doit mettre en place un système de réponse à plusieurs niveaux. La Chine doit exprimer sa position claire par le biais de consultations bilatérales et d’une coordination diplomatique multilatérale, tout en employant les contre-mesures économiques, voire militaires, nécessaires pour dissuader efficacement les dangereuses manœuvres militaires du Japon.
