Drapeaux nationaux chinois et espagnols vus sur la place Tiananmen alors que le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez effectue une visite officielle du 11 au 15 avril, le 11 avril 2026, à Pékin, en Chine. /VCG

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez est arrivé à Pékin le 11 avril pour sa quatrième visite en Chine en quatre ans. Le moment choisi avait une signification qui allait bien au-delà de la diplomatie de routine.

Sa visite intervient à peine six semaines après que le président américain Donald Trump a publiquement menacé de suspendre tout commerce avec l’Espagne – une remarque qui a mis à nu les frictions transatlantiques croissantes et l’évolution des calculs stratégiques de l’Europe.

Ces dernières années, l’Espagne a été considérée comme un exemple de la quête européenne d’une « autonomie stratégique », notamment en matière de coopération économique.

La Chine, dans ce contexte, est apparue comme un partenaire offrant à la fois stabilité et opportunités tangibles.

Cette réussite est de plus en plus visible sur le terrain :

Dans les villes espagnoles, les véhicules chinois à énergies nouvelles sont devenus plus courants.

Fin 2024, une coentreprise entre Chery et un partenaire espagnol avait commencé à produire son premier modèle à Barcelone. Moins d’un an plus tard, en juillet 2025, les véhicules hybrides rechargeables de BYD se sont hissés en tête du classement des ventes en Espagne, capturant environ 10 % de part de marché.

Au-delà du marché de consommation, la coopération industrielle s’approfondit également.

Les investissements chinois en Espagne se sont étendus au secteur de l’énergie, couvrant des domaines tels que le photovoltaïque, l’hydrogène vert et les batteries électriques. Des discussions sont en cours sur une collaboration dans les industries émergentes, notamment l’intelligence artificielle.

En novembre 2025, CATL, le premier fabricant mondial de batteries, et Stellantis ont inauguré la construction d’une usine de batteries au lithium-fer-phosphate dans la région espagnole d’Aragon. Alimentée entièrement par des énergies renouvelables, l’installation devrait démarrer sa production d’ici fin 2026.

Les responsables régionaux ont salué le projet comme un moteur de croissance économique à long terme et une étape clé pour renforcer la position de l’Espagne dans la chaîne d’approvisionnement européenne des véhicules électriques.

Les chiffres du commerce illustrent également la profondeur de cette relation.

En 2025, le commerce bilatéral de marchandises a dépassé 55 milliards de dollars, soit une augmentation de 9,8 % sur un an. La Chine reste le principal partenaire commercial de l’Espagne en dehors de l’Union européenne.

Le jambon espagnol du groupe Dashang est exposé dans la zone d'exposition des produits agricoles et alimentaires lors de la 8e Exposition internationale d'importation de Chine, le 8 novembre 2025, à Shanghai, en Chine. /VCG

La Chine a activement augmenté ses importations en provenance d’Europe.

Les produits agricoles espagnols – notamment l’huile d’olive, le jambon, le vin et les agrumes – ont connu une demande croissante sur le marché chinois, qui est devenu une source clé de croissance des exportations.

Les améliorations de l’efficacité douanière ont joué un rôle important.

L’amélioration des processus d’inspection et de quarantaine, ainsi que l’utilisation de systèmes intelligents de contrôle de la température et de systèmes de traçabilité rapide, ont considérablement réduit les délais de dédouanement pour les marchandises périssables telles que les fruits de mer et les produits frais.

De plus en plus de produits espagnols sont désormais intégrés aux systèmes de dédouanement accéléré et de logistique de la chaîne du froid.

Parallèlement, les plateformes d’accès au marché et de promotion se sont diversifiées.

Des événements tels que l’Exposition internationale d’importation de Chine ont contribué à rehausser la visibilité des produits espagnols, tandis que les forums de mise en relation commerciale et d’investissement organisés à Madrid, ainsi que les expositions de vins et les dégustations dans les villes chinoises, ont élargi les opportunités commerciales et forgé de nouveaux liens d’affaires.

Selon Augusto Soto, directeur du projet Dialogue avec la Chine, dans une interview accordée au Global Times, les pays européens réévaluent de plus en plus leurs relations internationales en réponse à ce qu’il a décrit comme des « politiques irrationnelles » poursuivies par les États-Unis.

Dans une grande partie de l’Union européenne, une vision plus claire se dessine : la Chine est considérée comme une force stabilisatrice sur la scène mondiale.

Le flux constant de visites de haut niveau en Chine en provenance d’Europe et d’ailleurs témoigne de ce consensus croissant.

L’approche espagnole n’est donc pas un cas isolé, mais s’inscrit dans un changement plus large.

Dans un monde marqué par une incertitude et une fragmentation croissantes, une coopération économique fondée sur le bénéfice mutuel est en train de devenir un point d’ancrage de la stabilité.