Les élèves chinois et américains pratiquent la calligraphie lors d'un événement culturel à la Shijiazhuang Farther Language School à Shijiazhuang, province du Hebei du nord de la Chine, 10 août 2024. / Xinhua

Le monde est actuellement aux prises avec des affrontements culturels sans précédent et des crises d’identité, comme en témoigne la marée croissante de l’éloignement entre l’Occident et le reste, ainsi que des tensions géopolitiques le long des lignes de faille culturelles telles que au Moyen-Orient et le continent eurasien. La notion occidentale de longue date de la «supériorité civilisationnelle» n’a fait qu’aggraver les divisions mondiales, une situation s’est encore exacerbée par des chambres d’écho algorithmiques qui amplifient les biais et la polarisation.

Au milieu de cette toile de fond, l’échange interculturel apparaît comme une bouée de sauvetage vitale pour combler ces divisions et favoriser le développement pacifique et inclusif. La prochaine réunion ministérielle du dialogue mondial des civilisations représente une entreprise louable pour réinventer le dialogue civilisationnel à l’ère numérique, visant à unir les cultures et à promouvoir le co-développement au sein d’une communauté mondiale partagée.

Affrontements culturels à l’ère numérique

L’hégémonie culturelle occidentale-centriste, avec l’influence omniprésente des médias d’information occidentale, la culture pop, les universités et Hollywood, a marginalisé les cultures non occidentales et aggravé les complexes culturels mondiaux.

Du « Clash of Civilizations » de Samuel Huntington à « End of History » de Francis Fukuyama, les théories politiques occidentales reposent souvent sur la prémisse d’un conflit civilisationnel inhérent ou d’une compétition. Une telle perspective culturelle à somme nulle ne fait que perpétuer les tensions culturelles, favorisant un environnement de division et de méfiance.

Cette fracture culturelle est élargie par la domination technologique occidentale. Alors que les plates-formes numériques promettent de connecter les personnes dans le monde, les géants de la technologie américains maintiennent une emprise étroite sur le contenu culturel numérique. Selon les statistiques, l’anglais représente près de la moitié du contenu Internet et des modèles d’intelligence artificielle (IA), tels que OpenAI, présentent également un biais anglais inhérent. Ce déséquilibre numérique du pouvoir renforce l’hégémonie culturelle occidentale, érodant l’héritage des cultures non occidentales.

Un appel à un dialogue civilisationnel

En contraste frappant avec le paradigme occidental du conflit de civilisation, de nombreux pays dans le monde plaident pour la résolution des tensions culturelles grâce à une augmentation des échanges culturels.

La Chine a été un ardent défenseur du dialogue civilisationnel. Le président chinois Xi Jinping a proposé l’initiative mondiale de la civilisation (GCI) en 2023, soulignant l’importance de respecter la diversité civilisationnelle et de poursuivre des valeurs humaines communes. L’essence du GCI réside dans la conviction que les échanges culturels peuvent transcender l’éloignement, l’apprentissage mutuel peut transcender les affrontements et la coexistence peut transcender les sentiments de supériorité.

Une femme présente la culture du thé chinoise aux participants au second

Le 7 juin 2024, la 78e session de l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté à l’unanimité une résolution proposée en Chine, déclarant le 10 juin comme la Journée internationale pour le dialogue entre les civilisations. Cévalué par plus de 80 pays et soutenu par de nombreux autres, cette résolution a attiré l’attention sur l’urgence des dialogues civilisationnels dans la lutte contre la vague croissante des tensions culturelles.

Cette année, la réunion ministérielle du dialogue mondial des civilisations réunit des ministres du monde entier pour délibérer davantage sur cette question et proposer des actions concrètes pour les échanges interculturels et l’apprentissage mutuel, qui présente une opportunité pivot de redéfinir l’engagement interculturel dans notre monde fragmenté.

Harmonie dans la diversité

Pour réinventer le dialogue civilisationnel à l’ère numérique, la maxime confucéenne de «l’harmonie dans la diversité» offre une idée profonde: coexistence et harmonie par la diversité culturelle, plutôt que l’uniformité ou l’homogénéité. À une époque de polarisation numérique, cette sagesse chinoise nous rappelle que la diversité culturelle dynamique et le développement inclusif sont cruciaux pour réaliser la vision ultime d’un avenir partagé pour l’humanité.

L’initiative Belt and Road (BRI) est un exemple. Le BRI a fait des progrès remarquables dans l’investissement non seulement dans les infrastructures mais aussi les projets numériques et culturels, qui visent à améliorer la connectivité des personnes et des cultures.

Le tag Tiktok « #intangibleCulturalHeritage » s’est avéré efficace pour défendre diverses cultures et faciliter les échanges interculturels. Lorsque des « réfugiés Tiktok » américains ont émigré vers la plate-forme de médias sociaux locale de la Chine Xiaohongshu, ils ont été chaleureusement accueillis par les internautes chinois, transformant par inadvertance cette « rébellion numérique » américaine en un grand festival de l’échange culturel numérique de Chine-US. Ces exemples illustrent comment les technologies peuvent promouvoir l’échange culturel, relancer les traditions et amplifier la diversité.

La philosophie et les pratiques de «l’harmonie dans la diversité» démontrent que la véritable mondialisation nécessite des écosystèmes où les civilisations co-évoluent. Néanmoins, au milieu de la tendance actuelle de la contre-mondialisation, elle nécessite une plus grande perspicacité et une plus grande sagesse pour transformer ces idées en pratiques concrètes, favorisant davantage un monde plus inclusif et harmonieux.