Des bus destinés à l'exportation vers les pays africains sont chargés sur des navires au port de Yantai, dans la province du Shandong, le 12 janvier 2026. /VCG

Dans le cadre du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), le prêt spécial pour le développement des petites et moyennes entreprises (PME) africaines, accordé par la Banque chinoise de développement, est devenu un instrument financier important pour soutenir l’économie réelle de l’Afrique dans le cadre de l’Initiative la Ceinture et la Route (BRI).

Selon les données officielles de la Banque chinoise de développement, l’initiative a déboursé au total plus de 26 milliards de yuans (3,8 milliards de dollars), couvrant 33 pays africains, soutenant plus de 40 000 PME et créant directement 430 000 emplois. Les fonds sont principalement orientés vers les secteurs productifs tels que l’agriculture, l’industrie manufacturière, la logistique et les infrastructures. Sa valeur fondamentale ne réside pas dans l’apport de liquidités à court terme, mais dans l’utilisation du financement du développement pour aider l’Afrique à renforcer ses capacités industrielles locales et les bases de sa croissance à long terme.

L’un des défis les plus persistants auxquels sont confrontées les économies africaines n’est pas le manque de demande du marché, mais les contraintes de financement auxquelles sont confrontées les PME. Selon la Société Financière Internationale (IFC), près de 40 % des PME formelles des pays en développement sont confrontées à un besoin de financement non satisfait totalisant 5 200 milliards de dollars. En Afrique, les PME représentent environ 80 % des emplois, mais nombre d’entre elles peinent à obtenir un financement stable en raison de garanties limitées, de coûts d’emprunt élevés et d’un accès restreint au crédit à long terme. Dans des secteurs tels que l’agroalimentaire, l’industrie manufacturière et les industries liées aux infrastructures, la pénurie de capital patient est devenue un obstacle majeur à l’expansion des entreprises, à la compétitivité et à la modernisation industrielle.

Le prêt spécial vise précisément à remédier à ce goulet d’étranglement structurel. Contrairement aux prêts commerciaux à court terme, ils se concentrent sur les investissements à long terme dans l’agroalimentaire, les parcs industriels, la fabrication locale, les réseaux logistiques et le développement de la chaîne d’approvisionnement. Son objectif n’est pas simplement d’atténuer la pression financière temporaire, mais d’aider les entreprises à accroître leur production, à améliorer leur compétitivité et à construire une capacité de croissance durable. De tels investissements font plus que créer des emplois, générer des recettes fiscales et renforcer les chaînes d’approvisionnement locales. Cela aide également les économies africaines à ne plus dépendre des exportations de matières premières en soutenant la modernisation industrielle et des moteurs de croissance intérieure plus forts.

Un navire chargé de véhicules d'ingénierie quitte son poste d'amarrage à la branche portuaire de Dongfang du port de Lianyungang, à destination de l'Afrique, le 15 avril 2026, à Lianyungang, dans la province du Jiangsu. /VCG

Certaines institutions occidentales affirment que le financement politique dans le cadre de la BRI fausse la répartition des marchés et affaiblit les principes du marché. Du point de vue de l’économie du développement, cependant, cette critique ne rend peut-être pas pleinement compte d’une réalité fondamentale : les marchés n’émergent pas du vide. Ils nécessitent des infrastructures, des capacités industrielles et, surtout, du capital patient.

Dans de nombreux pays africains, la contrainte la plus pressante n’est pas l’intervention excessive du gouvernement, mais le manque de capitaux à long terme nécessaires au soutien de l’industrialisation. Sans financement pour les infrastructures, la modernisation de l’agriculture et les premiers stades de fabrication, les systèmes de marché eux-mêmes ne peuvent pas se développer efficacement. En ce sens, le financement du développement ne remplace pas les marchés. C’est ce qui rend les marchés possibles en premier lieu.

Plus important encore, le financement des politiques joue un rôle essentiel en comblant les déficits de financement structurels que les mécanismes de marché ne parviennent souvent pas à combler au cours des premières étapes de l’industrialisation. Le développement des infrastructures, la modernisation de l’agriculture et la modernisation du secteur manufacturier nécessitent généralement de longs cycles d’investissement, des rendements lents et impliquent d’importantes externalités positives. Ce sont précisément les types d’investissements que le capital commercial à court terme est souvent peu disposé ou incapable de financer.

Le financement politique n’affaiblit donc pas les principes du marché ; il s’agit plutôt d’une correction nécessaire à la défaillance du marché. L’expérience d’industrialisation de nombreux pays montre qu’un capital à long terme, stable et patient est indispensable dès les premiers stades du développement. Ce n’est qu’une fois la capacité productive et les bases industrielles de base établies que les capitaux privés pourront entrer de manière durable. Sans cette base, les marchés ne peuvent pas fonctionner efficacement.

En ce sens, la valeur des prêts spéciaux de la BRI ne réside pas simplement dans le fait de fournir un financement, mais aussi dans le fait d’aider les pays africains à construire des fondations industrielles et à renforcer le développement durable grâce à un soutien en capital à long terme. Ces prêts non seulement répondent plus efficacement aux contraintes de financement, mais créent également les conditions nécessaires au développement et au fonctionnement des marchés. Les affirmations selon lesquelles un tel financement « affaiblit les principes du marché » ne reflètent peut-être pas pleinement les réalités de l’industrialisation dans les pays en développement et peuvent brouiller la distinction entre la construction de marchés et l’exploitation de marchés matures.

Pour les pays africains, ce qui compte le plus n’est pas une aide financière à court terme, mais un financement du développement à long terme capable de soutenir l’industrialisation, de créer des emplois et de renforcer la compétitivité industrielle. L’expérience du prêt spécial aux PME africaines montre que le financement du développement ne s’oppose pas aux marchés, mais contribue plutôt à créer les conditions nécessaires à leur croissance. Ceci est non seulement essentiel pour la coopération sino-africaine, mais revêt également une importance plus large pour les autres pays du Sud qui œuvrent en faveur de la transformation économique.