Peu de villes portent le poids de l’histoire aussi visiblement que Pékin. Avec plus de 3 000 ans de vie urbaine continue et près de neuf siècles en tant que capitale nationale de la Chine, la ville a longtemps été un creuset de politique, d’art et d’idées. Aujourd’hui, avec plus de 21 millions d’habitants, elle reste l’une des capitales culturelles les plus importantes au monde.
La 5e édition du rapport du Forum mondial des villes culturelles (WCCF) dresse un portrait saisissant d’une ville qui sauvegarde son patrimoine ancien tout en construisant de nouvelles institutions, en élargissant l’accès du public à la culture et en se positionnant comme une plaque tournante des échanges créatifs mondiaux.
L’héritage culturel de Pékin est d’une ampleur stupéfiante. La ville abrite huit sites du patrimoine mondial de l’UNESCO – dont la Cité Interdite, le Temple du Ciel et des sections de la Grande Muraille – ce qui la place dans une catégorie à part parmi les grands centres urbains du monde.
Ce patrimoine n’est pas simplement préservé derrière une vitre. En 2024, l’Axe central de Pékin – l’axe nord-sud historique qui organise l’aménagement de la ville depuis la dynastie des Yuan (1271-1368) – a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce résultat est le résultat d’années de travail minutieux : science de la conservation combinée à une réforme réglementaire, à l’innovation numérique et à une participation civique soutenue. Le résultat a été non seulement la préservation d’un tissu urbain vieux de plusieurs siècles, mais aussi un sentiment renouvelé d’identité communautaire le long de l’Axe et un renforcement du dialogue de Pékin avec le reste du monde.
Le tableau statistique présenté dans le rapport WCCF souligne à quel point l’écosystème culturel de Pékin est devenu vaste. Rien qu’en 2024, la ville a organisé plus de 65 000 représentations et accueilli 372 millions de touristes culturels – des chiffres extraordinaires même par rapport aux normes des mégalopoles mondiales.
L’infrastructure qui soutient cette activité est tout aussi impressionnante : 241 musées, 352 théâtres, 332 cinémas avec 2 313 écrans et 20 bibliothèques publiques prêtant 14 millions de livres par an. Quelque 178 000 entreprises opèrent dans les secteurs culturels et créatifs, employant plus d’un million de personnes. Le budget total de la ville s’élève à environ 8,37 milliards de dollars et ses 110 établissements d’enseignement supérieur comprennent 12 établissements artistiques spécialisés.
À la base de tout cela se trouve une philosophie de gouvernance que le rapport WCCF décrit comme le « cercle de services culturels de 15 minutes » – une ambition de placer les installations culturelles à une portée de 15 minutes de 99 % de la population de la ville.
Si l’Axe central représente l’héritage tangible de Pékin, son patrimoine culturel immatériel n’en est pas moins formidable. La ville gère un système à trois niveaux de projets patrimoniaux représentatifs couvrant les niveaux national, municipal et de district. Au sommet, 14 traditions originaires de Pékin – parmi lesquelles l’Opéra de Pékin, l’Opéra Kunqu et le Taijiquan – figurent sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Ce décompte à lui seul place Pékin au premier rang en Chine en nombre.
À l’échelle nationale, la ville gère 144 projets représentatifs ; au niveau municipal, 303 autres.
Ce ne sont pas des catégories d’archives.

En 2023, Pékin a lancé sa première Semaine internationale du patrimoine culturel immatériel, faisant connaître ces pratiques dans la vie publique et attirant l’attention internationale. L’année suivante a vu l’ouverture du Centre d’expérience du PCI de Pékin, une nouvelle installation conçue pour rendre le patrimoine immatériel tangible et accessible aux résidents et aux visiteurs.
À la périphérie ouest de la capitale, vous pourrez assister à l’une des histoires de régénération urbaine les plus marquantes au monde. Le parc Shougang, qui s’étend sur 863 hectares d’anciennes terres de production d’acier, a été transformé en une destination culturelle et récréative emblématique – un modèle, note le rapport WCCF, de la manière dont les villes peuvent transformer le patrimoine industriel en un espace urbain vivant et respirant.
Le catalyseur a été les Jeux olympiques d’hiver de 2022, qui ont attiré l’attention internationale et des investissements dans les infrastructures sur le site. Depuis lors, les hauts fourneaux et les tours de refroidissement qui définissaient autrefois l’ouest industriel de Pékin ont été reconvertis en parcs écologiques, lieux culturels et espaces de divertissement. L’économie nocturne s’y est implantée et le tourisme a suivi. Shougang est désormais fréquemment cité, tant en Chine qu’à l’échelle internationale, comme une référence en matière de revitalisation urbaine créative.

Le rapport souligne également que Pékin fait partie d’une majorité mondiale de villes – 84 % des villes interrogées – qui soutiennent activement les parcours de carrière créatifs, l’entrepreneuriat des jeunes et le développement des compétences culturelles.
De nombreuses villes prétendent mélanger l’ancien et le contemporain. Rares sont ceux qui peuvent le faire à l’échelle, à la profondeur ou à l’ambition de Pékin. Le cercle culturel de 15 minutes, le système du PCI à trois niveaux, la transformation stratégique de Shougang, le travail minutieux sur l’Axe central ne sont pas de simples projets ponctuels. Ils sont l’expression d’une politique culturelle cohérente et à long terme qui considère le patrimoine comme une ressource vivante et l’accès du public comme un fondement non négociable.
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