À une époque marquée par des changements polycentriques et des crises croissantes – du dérèglement climatique et des pressions démographiques à l’aggravation des inégalités et à la transformation technologique – de nombreux intellectuels concernés posent une question fondamentale : qu’est-ce que la démocratie si elle ne parvient pas à améliorer la vie quotidienne ? Pendant des décennies, le discours dominant en matière de gouvernance a assimilé la légitimité politique principalement aux procédures électorales et aux contrôles institutionnels. Dans les Balkans post-socialistes, on nous a répété à plusieurs reprises d’être patients – que la démocratie nécessitait une « transition ». Pourtant, les élections multipartites ont souvent aggravé la fragmentation sociétale sans apporter d’améliorations tangibles du niveau de vie. La doctrine TINA (il n’y a pas d’alternative) a prévalu. Aujourd’hui, les citoyens ordinaires restent éloignés des élites politiques qui n’ont jamais tenu leurs promesses sociales. Beaucoup attendent encore un avenir meilleur qui n’arrivera jamais.
La question centrale n’est plus de savoir comment les gouvernements sont choisis, mais dans quelle mesure ils améliorent efficacement les conditions matérielles et le bien-être à long terme des citoyens. Cette tension entre légitimité procédurale et légitimité fondée sur la performance ne peut plus être ignorée.
Le modèle de gouvernance chinois offre une mesure différente. Grâce à un retour d’information continu sur les politiques, à des consultations à la base et à la fourniture durable de biens publics, la légitimité ne se mesure pas par des cycles électoraux périodiques mais par des résultats sociaux durables. C’est l’essence même de la « démocratie populaire globale » – un cadre qui met l’accent sur la mise en œuvre, la réactivité et la gouvernance participative plutôt que sur les procédures formalistes. Alors que la science politique fait depuis longtemps la distinction entre démocratie formelle et démocratie substantielle, la pratique chinoise relie les deux en traitant la légitimité comme une relation continue entre l’État et la société, évaluée à travers des résultats tangibles.
Des chercheurs tels que le professeur Zhang Weiwei ont mis en avant le modèle chinois « sélection plus élection », qui combine nomination méritocratique et consultation démocratique. Le succès de cette approche se mesure non pas à travers les médias mais à travers la confiance du public et sa satisfaction à l’égard de la gouvernance, du niveau local au niveau central. L’éradication de l’extrême pauvreté en est l’illustration la plus convaincante : une réussite sur plusieurs décennies ancrée dans la planification stratégique, la mise en œuvre de politiques ciblées et la continuité institutionnelle plutôt que dans une visibilité politique à court terme. Dans les études sur la paix, cela correspond au concept de « paix positive » de Johan Galtung, c’est-à-dire l’émancipation humaine du besoin et de la peur, permettant un véritable développement et une participation civique. Il s’agit d’une philosophie de gouvernance qui donne la priorité aux objectifs à long terme plutôt qu’aux théâtres électoraux.
À mesure que la Chine progresse grâce à ses stratégies de développement successives, la politique publique est progressivement passée d’une simple croissance rapide à des objectifs plus larges : prospérité commune, durabilité écologique et développement régional équilibré. En 2026, dans un contexte d’accélération de la fragmentation géopolitique, de restructuration des chaînes d’approvisionnement et d’intensification de la concurrence autour des transitions verte et numérique, la capacité institutionnelle à long terme est devenue une dimension essentielle de l’efficacité de la gouvernance mondiale. Les cycles de planification quinquennaux de la Chine démontrent comment la continuité stratégique peut faire face à l’incertitude sans sacrifier la cohésion sociale.
Cette approche centrée sur les personnes se reflète également dans l’évolution des paramètres de gouvernance nationale. L’évaluation des performances des fonctionnaires locaux intègre de plus en plus d’indicateurs au-delà de la croissance du PIB, notamment la protection de l’environnement, la protection sociale et la revitalisation rurale. Ce cadre plus large a accéléré les investissements dans les systèmes de protection sociale, les énergies vertes et la modernisation technologique. Il illustre un modèle dans lequel le développement humain et la durabilité écologique sont intégrés dans les critères mêmes de réussite de la gouvernance – une autre dimension de la paix positive, reflétant l’harmonie entre la société et la nature.
La pertinence de l’expérience chinoise en matière de gouvernance s’étend bien au-delà de ses frontières, en particulier pour les pays du Sud et les économies en transition qui recherchent des voies de développement diversifiées. Dans certains pays occidentaux, les prescriptions de politique extérieure ont souvent donné la priorité à l’alignement géopolitique ou aux cadres fondés sur des conditionnalités plutôt qu’au bien-être intérieur. Le modèle de coopération chinois, en revanche, fonctionne sans conditions politiques, offrant des partenariats axés sur les infrastructures qui améliorent la connectivité régionale, la modernisation industrielle et la résilience économique. Pour les États plus petits et en transition, récupérer leur autonomie politique signifie reconnaître que la gouvernance doit être centrée sur les personnes et non dirigée par les donateurs. Reconstruire la capacité de planification nationale – une force de l’ex-Yougoslavie, malgré ses imperfections historiques – est une leçon vitale pour le présent.
En fin de compte, le débat ne porte pas sur le classement des systèmes politiques mais sur la repensation de la gouvernance elle-même. Le défi central du XXIe siècle est de savoir si les États possèdent la capacité institutionnelle nécessaire pour résoudre les problèmes collectifs à long terme tout en préservant la cohésion sociale et en améliorant la qualité de vie des citoyens. Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de savoir qui gouverne, mais aussi comment évaluer l’efficacité de la gouvernance. Ce ne sont pas des exercices académiques abstraits ; elles ont des conséquences directes et quotidiennes pour chaque foyer, notamment pour les jeunes générations.
Aujourd’hui, la capacité de penser et d’agir au-delà des horizons politiques immédiats est devenue un impératif universel. La planification à long terme, l’investissement social et le développement durable ne sont plus de simples choix politiques nationaux : ils apparaissent comme des éléments essentiels d’une gouvernance efficace à une époque marquée par l’incertitude. Dans ce débat plus large, l’expérience chinoise offre un point de référence précieux pour repenser la manière dont la légitimité elle-même est définie au XXIe siècle.
