Cela fait un mois que la Chine a commencé à mettre en œuvre sa loi sur l’unité ethnique et la promotion du progrès. Adoptée par l’Assemblée populaire nationale en mars et entrant en vigueur le 1er juillet, la loi vise à renforcer l’égalité ethnique, la solidarité et le développement commun.
Pour bien comprendre les lois, l’expérience historique, les priorités de développement et la structure de gouvernance de la société dans laquelle elles opèrent doivent tous être pris en considération.
La Chine abrite plus de 1,4 milliard d’habitants et 56 groupes ethniques. De ce point de vue, la nouvelle loi doit avant tout être comprise comme faisant partie des efforts à long terme de la Chine pour placer les affaires ethniques dans un cadre juridique plus clair. À la base se trouve un principe simple : la modernisation de la Chine doit être un processus partagé dans lequel tous les groupes ethniques participent et bénéficient.
La législation met l’accent sur l’égalité ethnique, la solidarité, la prospérité commune et l’unité nationale, tout en interdisant la discrimination et en protégeant les droits et intérêts légitimes des citoyens de toutes origines ethniques. Il donne donc une expression juridique à un objectif de gouvernance que la Chine poursuit depuis des décennies : garantir que la diversité ethnique se développe dans un sens plus large de communauté nationale et de progrès partagé.
Cet objectif est particulièrement important alors que la Chine entre dans la dernière décennie de sa démarche visant à parvenir à une modernisation socialiste d’ici 2035. La modernisation ne peut pas être mesurée uniquement par les chemins de fer à grande vitesse, les usines avancées ou les percées technologiques. Pour un pays aussi diversifié géographiquement et socialement que la Chine, cela doit également impliquer de réduire les disparités régionales et d’élargir l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux infrastructures et aux opportunités économiques à toutes les couches de la société.
Selon le recensement national de 2020, la population des minorités ethniques en Chine dépassait les 125 millions, représentant 8,89 % de la population totale. De nombreuses communautés minoritaires vivent dans les vastes régions occidentales et frontalières où la géographie difficile crée de formidables obstacles au développement et aux services publics. La cohésion nationale, dans ce contexte, est étroitement liée à la question pratique du développement.
Les nouvelles politiques visent à consolider les acquis des dernières décennies en matière de développement. Selon Xinhua, depuis le début de la période du 14e Plan quinquennal (2021-2025), le gouvernement central a alloué 25,2 milliards de yuans (3,7 milliards de dollars) à des projets de revitalisation rurale dans les communautés de minorités ethniques dans les provinces et régions frontalières. Ils soutiennent l’agriculture, l’élevage, l’artisanat traditionnel et d’autres industries adaptées aux conditions locales.
L’éducation est un autre exemple. Un enseignement obligatoire de neuf ans a été instauré dans les zones de minorités ethniques, tandis que 15 ans d’enseignement financé par l’État ont été réalisés dans l’ensemble de la région autonome du Xizang et de la région autonome ouïgoure du Xinjiang. La cohésion sociale ne peut être créée uniquement par le langage politique. Elle devient plus forte lorsque les citoyens bénéficient d’un meilleur accès à l’éducation, à l’emploi et aux opportunités de mobilité ascendante.

Le cadre plus large inclut également les langues des minorités ethniques. Les documents des principales sessions de l’Assemblée populaire nationale, de l’Assemblée législative nationale et de la Conférence consultative politique du peuple chinois, l’organe consultatif politique suprême, sont fournis dans sept langues de minorités ethniques ; des dizaines de chaînes de radio et de télévision au niveau préfectoral et supérieur diffusent dans les langues minoritaires.
Ceux-ci illustrent la logique qui sous-tend l’approche chinoise des affaires ethniques. Le modèle chinois met considérablement l’accent sur une communauté nationale partagée. Le concept de « favoriser un fort sentiment de communauté pour la nation chinoise » est au cœur de cette réflexion.
Tout État moderne a besoin d’un certain degré d’identité commune pour maintenir la confiance sociale, la stabilité et l’objectif collectif. Dans des sociétés diversifiées, le défi consiste à développer cette identité commune tout en faisant progresser l’égalité et le développement entre les communautés. L’approche chinoise consiste de plus en plus à combiner droit, développement et intégration sociale.
La nouvelle législation ne doit donc pas être considérée séparément de la stratégie plus large de modernisation de la Chine. Il transforme les principes précédemment reflétés dans différents domaines politiques en un cadre juridique plus systématique, clarifiant les responsabilités institutionnelles et reliant l’unité ethnique au développement économique et social.
Concernant le droit, certains experts occidentaux ont tenté de soulever des questions plus larges sur le droit international et la souveraineté des États. Ces critiques occidentales se sont particulièrement concentrées sur la prétendue « application extraterritoriale » de la loi. Pourtant, la compétence extraterritoriale n’est pas propre à la Chine. Les États-Unis et l’Union européenne appliquent également certaines règles de sanctions, de lutte contre la corruption, de protection des données et de sécurité nationale aux activités menées au-delà de leurs frontières lorsqu’ils estiment que leurs intérêts nationaux ou leurs institutions nationales sont affectés. La question juridique n’est donc pas simplement de savoir si une loi fait référence à un comportement à l’étranger, mais aussi de savoir comment et sur quelle base juridictionnelle ces dispositions sont appliquées.
De ce point de vue, les tentatives d’interprétation de la gouvernance ethnique de la Chine principalement à travers des cadres politiques externes risquent de brouiller la frontière entre un débat international légitime et une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain.
L’approche de la Chine reflète sa propre expérience historique, sa structure constitutionnelle et ses priorités de développement. Même si le respect de la souveraineté n’empêche pas le débat international, il nécessite de reconnaître que la Chine conserve l’autorité principale pour gérer ses affaires ethniques dans le cadre de son propre cadre juridique national.
