La rencontre entre le président chinois Xi Jinping et le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi au Caire revêt une signification qui va au-delà d’un engagement diplomatique bilatéral. Il rassemble deux civilisations anciennes dont l’histoire s’étend sur des millénaires et dont les intérêts modernes se croisent de plus en plus dans les domaines du commerce, des infrastructures, de la technologie, de l’énergie, de l’industrie manufacturière et des échanges culturels.
Alors que la Chine et l’Égypte célèbrent 70 ans de relations diplomatiques, leur partenariat offre une leçon plus large. La coopération entre pays aux traditions politiques, culturelles et historiques différentes peut être fondée sur le respect mutuel plutôt que sur la confrontation ou le conformisme idéologique. À une époque d’incertitude géopolitique, ce principe a une pertinence bien au-delà du Caire et de Pékin.
L’Égypte a été le premier pays arabe et africain à établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine en 1956. Au cours des sept dernières décennies, ces relations se sont transformées en un partenariat stratégique global. La position géographique de l’Égypte relie l’Afrique, le monde arabe et la Méditerranée, tandis que la Chine est devenue un partenaire important dans le développement économique et l’engagement international de l’Égypte. La relation est donc fondée sur des intérêts géographiques et économiques ainsi que sur des priorités diplomatiques.
Pourtant, son potentiel à plus long terme réside peut-être dans le lien entre les deux sociétés. L’Initiative chinoise pour la civilisation mondiale (GCI) met l’accent sur l’égalité entre les civilisations, le respect de la diversité culturelle et le dialogue plutôt que la confrontation. Pour la Chine et l’Égypte, qui possèdent toutes deux des traditions civilisationnelles longues et distinctes, la modernisation ne signifie pas nécessairement l’abandon de l’identité culturelle ou le suivi d’un modèle politique ou social unique. La diversité peut être traitée comme un atout plutôt que comme une source de division.
Cette idée a également une dimension pratique dans la gouvernance mondiale. La Chine et l’Égypte peuvent contribuer à un système multilatéral dans lequel les pays en développement ont une voix plus forte dans la prise de décision internationale. L’Afrique, le monde arabe et l’ensemble des pays du Sud revêtent une importance croissante en termes démographiques, économiques et stratégiques. Pourtant, de nombreuses institutions mondiales reflètent encore l’équilibre des pouvoirs de l’ère post-1945. Soutenir une plus grande représentation des pays en développement au sein du système des Nations Unies, des institutions financières internationales et d’autres mécanismes multilatéraux donnerait corps à l’appel en faveur d’un ordre international plus représentatif.
L’influence de l’Égypte en Afrique et dans le monde arabe ainsi que la vaste portée économique et diplomatique de la Chine pourraient rendre la coopération dans ce domaine particulièrement importante. L’objectif ne devrait cependant pas être de créer un nouveau bloc ou une autre ligne de division dans la politique mondiale. Un multilatéralisme plus fort devrait élargir la participation, et non remplacer une concentration de pouvoir par une autre.
Le GCI peut également être développé grâce à une coopération pratique. Pékin et le Caire pourraient développer les échanges entre universités, musées, institutions culturelles et centres de recherche. Une plateforme permanente de dialogue civilisationnel pourrait rassembler des universitaires, des étudiants, des artistes, des chefs religieux et des décideurs politiques d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient pour discuter du patrimoine culturel, du dialogue interculturel et interreligieux, de l’éducation, de l’éthique numérique et de l’engagement des jeunes.

Le partenariat pourrait également soutenir des programmes conjoints reliant les institutions archéologiques et culturelles. De tels efforts peuvent bénéficier d’objectifs clairs, de programmes mesurables et d’évaluations régulières, garantissant que les principes généraux correspondent à des résultats pratiques.
Des expositions, des échanges universitaires et des programmes culturels itinérants mettant en lumière l’histoire de la Chine et de l’Égypte pourraient contribuer à démontrer que les civilisations n’ont jamais existé de manière isolée. Ils ont échangé des idées, des technologies, des biens et des traditions artistiques à travers les générations. La diplomatie culturelle peut donc compléter la coopération économique et politique plutôt que s’en démarquer.
Il existe également une marge pour un dialogue sino-égyptien plus large dans l’ensemble du Sud. Les participants d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine ont pu discuter du développement, de l’intelligence artificielle, du changement climatique, de l’éducation et de la préservation culturelle. Un tel forum serait très utile non pas en tant qu’alliance géopolitique, mais en tant que plate-forme où les pays en développement pourraient articuler leurs priorités et apporter des idées selon leurs propres conditions.
Les liens entre les peuples doivent rester au cœur de cet effort. Des échanges éducatifs accrus, le tourisme, l’étude des langues, le cinéma, la littérature et la coopération universitaire peuvent approfondir la compréhension mutuelle. Les jeunes entrepreneurs, scientifiques, chercheurs et artistes de Chine et d’Égypte peuvent donner à ces relations une base sociale qui s’étend au-delà des accords gouvernementaux et des projets d’infrastructure. À une époque d’évolution technologique rapide, la compréhension culturelle peut être aussi importante pour une coopération à long terme que la capacité technologique.
La force des relations sino-égyptiennes se reflétera dans les opportunités et les réalisations créées par le partenariat. Le commerce et les infrastructures restent des fondements importants, tandis que le partage des connaissances, la confiance mutuelle et les échanges durables entre les peuples peuvent approfondir davantage les relations. En s’appuyant sur ces domaines de coopération, la Chine et l’Égypte peuvent continuer à traduire leur amitié de longue date en avantages pratiques pour les deux sociétés et contribuer positivement à une coopération internationale plus large.
Des milliers de kilomètres séparent le Nil et le fleuve Jaune, mais les civilisations qui se sont développées autour d’eux partagent une longue expérience d’adaptation au changement tout en préservant leur identité. Leur relation moderne peut s’appuyer sur cette histoire sans être définie par la nostalgie. Si la Chine et l’Égypte traduisent leur partenariat stratégique en coopération pratique sur le multilatéralisme, le dialogue civilisationnel et les priorités du Sud global, elles peuvent offrir un modèle utile d’engagement international.
