Mei-Ling Tan est une journaliste passionnée par l'Asie depuis plus de dix ans. Ayant grandi entre la France et Singapour, elle a développé une profonde compréhension des cultures et des dynamiques politiques du continent asiatique. Elle met aujourd'hui son expertise au service d'EurasiaTimes pour vous offrir des analyses pointues et des reportages de terrain.

La dernière enquête de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine montre que, pour la première fois en cinq ans, la proportion d’entreprises européennes déclarant qu’il est devenu plus difficile de faire des affaires en Chine a diminué. Dans le même temps, la part des entreprises estimant que l’environnement des affaires s’est amélioré a augmenté de deux points de pourcentage sur un an. Les données suggèrent que la confiance des entreprises européennes opérant en Chine a atteint un tournant. L’optimisme exprimé par le monde des affaires européen contraste fortement avec le resserrement constant de la politique extérieure de l’UE ces dernières années, et cette déconnexion systémique est devenue le paradoxe central des relations économiques et commerciales actuelles entre la Chine et l’UE.
Dans le contexte du « choc chinois 2.0 », l’UE cherche à contrer la pression concurrentielle croissante de l’industrie chinoise et à planifier systématiquement des défenses et des barrières commerciales. Dans ce contexte, ils se sont concentrés sur la base industrielle de l’Europe, sa domination dans la transition verte et la réallocation des chaînes de valeur manufacturières mondiales, entraînant un changement de paradigme dans leur boîte à outils économique et commerciale envers la Chine, passant d’une « défense commerciale » à une « offensive institutionnelle ». La boîte à outils de l’UE a évolué des enquêtes antidumping et antisubventions traditionnelles à une approche globale englobant des barrières tarifaires, des restrictions d’accès au marché, un contrôle des investissements, des barrières réglementaires et normatives, ainsi que des instruments de dissuasion et de contre-mesures. L’UE envisage même d’introduire des instruments ciblant les capacités excédentaires ou la résilience afin de susciter une confrontation systémique. Fondamentalement, l’approche de l’UE face aux frictions commerciales avec la Chine connaît un changement qualitatif, passant de la résolution des différends individuels dans le cadre multilatéral fondé sur des règles de l’OMC à une confrontation institutionnelle systémique dans le cadre de l’unilatéralisme. Ces dernières années, elle a successivement proposé ou mis en œuvre une série d’instruments de politique commerciale très ciblés, notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, l’instrument sur les marchés publics internationaux, le règlement sur les subventions étrangères, l’instrument anti-coercition, la directive sur le devoir de diligence en matière de durabilité des entreprises, la loi sur l’accélérateur industriel et la loi révisée sur la cybersécurité.
Mais les entreprises perçoivent la situation d’une manière bien différente. Depuis l’année dernière, les échanges entre les milieux d’affaires chinois et européens sont devenus de plus en plus fréquents, la coopération s’approfondissant et s’étendant dans un plus large éventail de domaines. Selon les statistiques douanières de la Chine, le commerce total du pays avec l’UE a atteint 5 930 milliards de yuans (872,8 milliards de dollars) en 2025, en hausse de 6 % sur un an, représentant 13 % de son commerce extérieur global et contribuant à hauteur de 0,8 point de pourcentage à la croissance des importations et exportations globales de la Chine. Les données de l’UE montrent qu’au cours des 10 premiers mois de 2025, le commerce total entre l’UE et la Chine a dépassé 700 milliards de dollars, ce qui représente 14,5 % du commerce extérieur total de l’UE et entraîne la croissance des importations et des exportations globales de l’UE de plus de 0,8 point de pourcentage. En mai de cette année, le nombre cumulé de services de fret China Railway Express avait dépassé 130 000, faisant du réseau un corridor de chaîne d’approvisionnement vital reliant le commerce à travers le continent eurasien. Ces chiffres démontrent clairement que la coopération économique et commerciale entre la Chine et l’UE est fondamentalement complémentaire et mutuellement bénéfique, avec une forte résilience face aux perturbations extérieures.
Dans le même temps, la Chine et l’Europe sont devenues profondément intégrées à travers leurs chaînes industrielles et d’approvisionnement, et les investissements croissants des entreprises européennes en Chine sont passés d’une stratégie traditionnelle axée sur le marché à une stratégie centrée sur la R&D et l’innovation. Plutôt que de se « découpler » en réponse aux barrières commerciales imposées par Bruxelles, de nombreuses entreprises européennes choisissent de développer et de commercialiser d’abord des technologies de pointe sur le marché chinois. Grâce à une localisation plus poussée, ils font de la Chine une plaque tournante au sein de leurs réseaux mondiaux de R&D et de chaîne d’approvisionnement.
En fait, la stabilité des relations Chine-UE repose sur des intérêts partagés, tandis que leur prévisibilité découle du bénéfice mutuel et d’une coopération gagnant-gagnant. L’élaboration de la politique économique de l’UE est de plus en plus façonnée par des considérations géopolitiques et le protectionnisme industriel, utilisant le cadre de la « réduction des risques » pour sécuriser et politiser les relations économiques et commerciales. Parallèlement, les entreprises européennes ont fondé leurs décisions d’investissement sur les rendements attendus, l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement et la taille du marché. L’écosystème industriel complet de la Chine et son mégamarché constituent un attrait systémique irremplaçable pour les entreprises européennes. En conséquence, les entreprises européennes « votent souvent avec leurs pieds », et réagissent avec flexibilité à travers leurs actions concrètes. Cette divergence révèle un profond décalage entre les réalités politiques et commerciales dans les relations économiques et commerciales entre la Chine et l’UE, tout en indiquant également que le protectionnisme unilatéral finira par se heurter à une résistance encore plus forte de la part des forces du marché.