Palais Grassalkovich, bureau et résidence officielle du président slovaque, Bratislava, Slovaquie, 25 juin 2026. /VCG

Alors que le président de la République slovaque Peter Pellegrini se rend à Pékin, la Chine et la Slovaquie démontrent que leur partenariat économique entre dans une nouvelle étape, façonnée non seulement par le commerce, mais aussi par la capacité de construire des industries ensemble.

La gigafactory Gotion-InoBat Batteries à Surany, la première usine de fabrication de batteries à grande échelle de Slovaquie, incarne cette transformation. À première vue, il peut sembler qu’il s’agisse d’un simple investissement chinois de plus dans la chaîne d’approvisionnement européenne des véhicules électriques. Mais cela représente quelque chose de plus significatif : la détermination de la Slovaquie à passer du statut de l’un des principaux producteurs mondiaux d’automobiles conventionnelles à celui d’un acteur clé de la révolution de la mobilité électrique en Europe.

Au cours des deux dernières décennies, la Slovaquie s’est imposée comme l’un des principaux pôles de fabrication automobile d’Europe. Malgré une population d’environ 5,4 millions d’habitants, le pays reste le plus grand producteur automobile mondial par habitant. Les constructeurs automobiles mondiaux, notamment Volkswagen, Kia, Stellantis et Jaguar Land Rover, ont construit d’importantes opérations de fabrication dans le pays, faisant de l’industrie automobile une pierre angulaire de l’économie slovaque.

Mais ce succès a également créé un nouveau défi. Alors que l’industrie automobile mondiale passe des moteurs traditionnels aux véhicules électriques, les batteries sont devenues le fondement stratégique de la nouvelle industrie automobile. Sans capacités de fabrication de batteries à grande échelle, même les centres de fabrication automobile les plus établis risquent de perdre leur avantage concurrentiel dans la prochaine génération.

Vue de l'usine de batteries de Gotion High-Tech, l'un des principaux fournisseurs chinois de batteries à énergie nouvelle et de solutions d'énergie verte, Hefei, province d'Anhui, Chine, le 8 janvier 2026. /VCG

C’est là que la coopération avec la Chine devient importante. La Chine a construit la chaîne d’approvisionnement en batteries la plus complète au monde, soutenue par un déploiement commercial à grande échelle. Pour les économies cherchant à accélérer la transition vers la mobilité électrique, la coopération avec la Chine offre non seulement des investissements, mais également un savoir-faire industriel.

La gigafactory Gotion-InoBat Batteries est un exemple clair de ce que cette coopération peut réaliser. D’une superficie de 65 hectares, le projet fournira dans un premier temps 20 GWh de capacité de production annuelle. La production expérimentale devrait démarrer en 2026, suivie des opérations commerciales prévues en 2027. Désigné comme investissement stratégique national par le gouvernement slovaque, il devrait créer au moins 1 300 emplois directs dans sa première phase tout en attirant des fournisseurs de matériaux, des fabricants d’équipements et des services associés dans la région.

La Slovaquie poursuit activement une transition vers la mobilité électrique alors qu’elle cherche à maintenir sa position dans l’industrie automobile européenne. Grâce aux mises à jour successives de son Plan d’action pour le développement de l’électromobilité, le pays a promu l’électrification, étendu les infrastructures de recharge et encouragé les investissements dans la fabrication de batteries. Pourtant, la transformation industrielle nécessite plus que des engagements politiques. Cela dépend également de la technologie, du capital, des chaînes d’approvisionnement intégrées et de l’expertise en matière de fabrication. C’est là que la coopération avec la Chine peut jouer un rôle important, en reliant le secteur automobile bien établi de la Slovaquie aux atouts de la Chine dans le nouveau secteur énergétique.

Ce modèle reflète une évolution plus large de la coopération économique Chine-Europe. Plutôt que de simplement exporter leurs produits vers les marchés étrangers, les entreprises chinoises travaillent avec des partenaires internationaux pour créer une valeur partagée. La structure équilibrée du commerce sino-slovaque reflète ce partenariat. En 2025, les exportations chinoises vers la Slovaquie ont totalisé 4,39 milliards de dollars, tandis que les importations ont atteint 4,24 milliards de dollars, ce qui démontre un échange bilatéral plutôt qu’un déséquilibre.

Si les nouvelles énergies sont au cœur de la coopération industrielle sino-slovaque, la connectivité est le fondement qui la soutient au-delà des frontières.

Le plus grand avantage de la Slovaquie réside dans sa géographie. Souvent décrit comme le « cœur de l’Europe », le pays se situe au carrefour des principales voies de transport reliant l’Europe de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud. Ses réseaux routiers et ferroviaires sont étroitement intégrés aux corridors de transport paneuropéens, tandis que le Danube offre une capacité fluviale supplémentaire. Ces avantages ont aidé la Slovaquie à attirer les constructeurs automobiles multinationaux cherchant un accès efficace aux marchés européens.

Dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route », les services ferroviaires express Chine-Europe ont créé une connexion terrestre fiable entre la Chine et la Slovaquie, offrant une option logistique efficace. Par rapport au transport maritime, qui peut prendre plusieurs mois, les itinéraires réguliers China-Europe Railway Express réduisent considérablement les délais de livraison des produits industriels tout en offrant des conditions plus stables.

Un train express Chine-Europe entièrement chargé part de Xi'an, province du Shaanxi, Chine, le 2 mars 2026. /VCG

À l’heure où certains pans de l’économie mondiale sont confrontés à une incertitude croissante, l’expérience de la Slovaquie offre une perspective précieuse. La compétitivité industrielle n’est pas préservée par la fermeture des marchés ou la fragmentation des chaînes d’approvisionnement, mais par la conclusion de partenariats combinant des atouts complémentaires. Pour un pays cherchant à maintenir sa position parmi les leaders européens de l’automobile tout en s’adaptant à l’avenir électrique, la coopération avec la Chine est devenue un accélérateur.

La visite du président slovaque Pellegrini en Chine intervient à un moment où les deux pays envisagent d’aller au-delà du commerce traditionnel vers une collaboration industrielle à long terme. Pour la Slovaquie, la transition du « Détroit » européen vers l’un des pôles émergents de batteries en Europe est un choix stratégique quant à la place que le pays entend prendre dans la prochaine génération de fabrication mondiale. Grâce à la coopération avec la Chine, la Slovaquie fait de cette ambition une réalité.

(Couverture via VCG)