
En mai 2018, la Conférence nationale sur la protection de l’éco-environnement à Pékin a officiellement établi la pensée de Xi Jinping sur l’éco-civilisation. Plus qu’un cadre politique, il représente un profond changement de paradigme civilisationnel – un changement qui redéfinit la relation de l’humanité avec la nature, intègre le bien-être écologique dans le progrès sociétal et offre une vision chinoise de la gouvernance écologique mondiale.
Quels sont les concepts fondamentaux de la pensée éco-civilisatrice chinoise et en quoi diffère-t-elle des philosophies environnementales occidentales ? Cet article explore ces deux questions d’un point de vue civilisationnel.
1. Une nouvelle forme civilisationnelle : l’éco-civilisation comme successeur de la civilisation industrielle
La pensée de Xi Jinping sur l’éco-civilisation avance le jugement historique selon lequel « la prospérité écologique mène à la prospérité civilisationnelle ; le déclin écologique conduit au déclin civilisationnel ». Il considère l’éco-civilisation non seulement comme une protection de l’environnement mais comme une nouvelle étape de la civilisation humaine qui transcende les crises écologiques de la civilisation industrielle. Enracinée dans 5 000 ans de sagesse agraire chinoise (par exemple « l’harmonie entre l’humanité et la nature ») et intégrée aux théories marxistes de la dialectique homme-nature, elle redéfinit le progrès : le véritable développement équilibre la prospérité matérielle, l’épanouissement spirituel et la santé écologique.
2. Noyau ontologique : « Communauté de vie entre l’humanité et la nature »
Au cœur de ce mouvement se trouve le rejet de la « dichotomie sujet-objet » occidentale (les humains comme maîtres, la nature comme ressource). Au lieu de cela, il postule une communauté de vie indivisible : « les montagnes, les rivières, les forêts, les terres agricoles, les lacs et les prairies forment un seul écosystème intégré ». Les humains font partie de la nature et n’en sont pas séparés. Cette vision holistique met l’accent sur la dépendance mutuelle : les dommages causés à la nature se répercutent sur les humains, tandis que nourrir la nature soutient l’épanouissement humain.
3. Paradigme de valeur : « Les eaux lucides et les montagnes luxuriantes sont des atouts inestimables »
Le slogan emblématique « les eaux claires et les montagnes luxuriantes sont des atouts inestimables » (la théorie des « Deux Montagnes ») redéfinit la valeur économique. Il rejette le compromis de l’ère industrielle entre croissance et environnement, arguant que la santé écologique est une richesse économique. La nature n’est plus un simple stock de ressources mais une source de valeur durable – culturelle, esthétique et économique. Cela correspond à la poursuite par la Chine d’un développement de haute qualité intégrant la croissance verte dans la modernisation.
4. Gouvernance holistique : systémique, centrée sur les personnes et tournée vers l’avenir
Gouvernance systémique : l’éco-civilisation est ancrée dans toutes les sphères de la société – économique, politique, culturelle et sociale – plutôt que d’être une politique environnementale autonome. Cela nécessite une action coordonnée entre les secteurs et les régions.
Centrée sur les personnes : La protection de l’environnement est considérée comme une question de moyens de subsistance : l’air pur, l’eau et le sol sont des droits humains fondamentaux. Chacun est « protecteur, bâtisseur et bénéficiaire » de l’éco-environnement.
Équité intergénérationnelle : elle donne la priorité au développement durable de la nation chinoise, à la sauvegarde des ressources et d’une planète saine pour les générations futures.
5. Vision globale : Communauté de toute vie sur terre
Au-delà des frontières nationales, il prône une communauté écologique mondiale. La Chine rejette la voie de l’industrialisation occidentale « polluer d’abord, nettoyer ensuite » et appelle à une gouvernance environnementale mondiale inclusive et gagnant-gagnant. Il souligne que l’éco-civilisation n’est pas un « modèle chinois » à imposer mais une aspiration universelle à un monde propre et beau.
Malgré des racines divergentes, la pensée de l’éco-civilisation chinoise et l’environnementalisme occidental partagent des objectifs fondamentaux :
1. Rejet d’une exploitation effrénée : tous deux critiquent la surconsommation et la destruction écologique de la civilisation industrielle, reconnaissant l’urgence de lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution.
2. Développement durable : Tous deux approuvent la définition du développement durable donnée par la Commission Brundtland : répondre aux besoins présents sans compromettre les générations futures.
3. Valoriser la valeur intrinsèque de la nature : les deux vont au-delà de la vision de la nature uniquement comme une ressource économique et reconnaissent sa valeur écologique, culturelle et esthétique.
4. Coopération mondiale : les deux reconnaissent que les crises environnementales (par exemple, le changement climatique) ne connaissent pas de frontières et nécessitent une action internationale collective.
Cependant, les deux présentent de grandes différences, qui proviennent de traditions philosophiques, de trajectoires historiques et de points de vue contrastés sur les relations entre l’humanité et la nature.
1. Fondement philosophique : unité holistique versus dichotomie sujet-objet
La pensée éco-civilisatrice de la Chine est enracinée dans « l’harmonie entre l’humanité et la nature » confucéenne et « l’unité avec le Tao » taoïste. Il adopte une ontologie holistique et relationnelle. Les humains et la nature sont interdépendants et non opposés.
L’environnementalisme occidental est façonné par le dualisme cartésien (« Je pense, donc je suis ») et la rationalité instrumentale baconienne ; il considère historiquement les humains comme des sujets dominant la nature (objet). Même l’environnementalisme occidental moderne (par exemple l’écologie profonde) a du mal à transcender pleinement ce dualisme, se divisant souvent en « anthropocentrisme » (les intérêts humains d’abord) ou en « écocentrisme » (les droits de la nature avant les humains).
2. Logique de développement : intégration ou compromis
La théorie chinoise des « Deux Montagnes » rejette le compromis entre « croissance et environnement ». Il intègre la protection écologique dans le développement économique, considérant la croissance verte comme un moteur d’innovation et de prospérité. Pour la Chine, la modernisation doit être « harmonieuse entre l’humanité et la nature ».
L’environnementalisme occidental s’est développé en réaction aux excès industriels, qui présentent souvent la protection de l’environnement comme une contrainte à la croissance. L’environnementalisme occidental traditionnel opère dans un cadre de marché capitaliste, s’appuyant sur les taxes carbone, les échanges de droits d’émission ou l’activisme des consommateurs – des outils qui donnent souvent la priorité aux intérêts économiques à court terme plutôt qu’au changement systémique.
3. Modèle de gouvernance : action systémique et collective contre individualisme centré sur le marché
La pensée éco-civilisatrice de la Chine est défendue par l’État et ancrée dans la stratégie nationale. Il adopte un leadership politique descendant et une participation publique ascendante. Il met l’accent sur la responsabilité collective (nationale, sociétale et individuelle) et la gouvernance systémique (planification intersectorielle à long terme).
L’environnementalisme occidental est dominé par les mécanismes de marché et l’activisme des individus et de la société civile (par exemple, les ONG, les boycotts des consommateurs). Bien qu’efficace en termes de sensibilisation, il manque souvent de l’autorité nécessaire pour une transformation systémique à grande échelle et à long terme et peut être fragmenté par des intérêts concurrents.
4. Objectif civilisationnel : un nouveau paradigme civilisationnel contre la réhabilitation de l’environnement
La pensée éco-civilisatrice de la Chine vise à remplacer la non-durabilité écologique de la civilisation industrielle par un nouveau modèle civilisationnel qui équilibre le progrès humain et la santé planétaire. Il s’agit d’une transformation sociétale holistique (économique, culturelle et institutionnelle).
L’environnementalisme occidental cherche principalement à atténuer les méfaits de la civilisation industrielle (par exemple, en réduisant la pollution, en conservant les espèces) plutôt qu’en redéfinissant la civilisation elle-même. Il opère dans le cadre industriel-capitaliste existant, remettant rarement en question sa logique fondamentale.
5. Perspectives mondiales : solidarité inclusive ou responsabilité sélective
La pensée éco-civilisatrice chinoise prône des responsabilités communes mais différenciées dans la gouvernance mondiale, respectant le droit des pays en développement au développement tout en appelant à une action collective. Il rejette « l’éco-impérialisme » (par exemple, les pays riches dictant leurs conditions environnementales aux pays pauvres) et appelle à une coopération gagnant-gagnant.
L’environnementalisme occidental est souvent dominé par les agendas des pays riches, imposant parfois des normes environnementales strictes aux pays en développement sans s’attaquer aux inégalités historiques en matière d’émissions ni assurer un transfert adéquat de technologies vertes.
La pensée de Xi Jinping sur l’éco-civilisation est plus qu’une politique environnementale : c’est une contribution civilisationnelle chinoise distincte à l’avenir écologique commun de l’humanité. Ancrée dans 5 000 ans de sagesse écologique et intégrée à la théorie marxiste moderne, elle offre une alternative holistique et équilibrée à l’approche dualiste et encline aux compromis de l’environnementalisme occidental.
Alors que les deux traditions cherchent à protéger la planète, la pensée éco-civilisatrice chinoise envisage une nouvelle forme de civilisation où l’humanité et la nature prospèrent ensemble, plutôt que de simplement atténuer les dommages industriels. Alors que le monde est aux prises avec des crises écologiques croissantes, cette perspective chinoise – mettant l’accent sur l’harmonie, l’intégration et la responsabilité collective – fournit un modèle essentiel pour construire un monde propre, beau et durable pour tous.
