Un camion traverse le pont international Gordie Howe entre Windsor, Ontario, Canada, et Detroit, Michigan, États-Unis, le 6 septembre 2025. /VCG

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Les droits de douane canadiens sur les produits américains sont entrés en vigueur le 8 septembre comme prévu, couvrant environ 27,6 milliards de dollars canadiens (20 milliards de dollars) d’importations en provenance des États-Unis. Les mesures ciblent l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, le matériel agricole, les pâtes et papiers, les plastiques, l’électronique et d’autres produits, avec des taux tarifaires de 15 %, 25 % et 50 % correspondant aux taux américains correspondants. Les tarifs actuels du Canada sur certains produits en acier et en aluminium ont également augmenté, passant de 25 % à 50 %.

Les représailles bénéficient d’un fort soutien public au Canada. Plus important encore, elle a été soigneusement conçue pour frapper les industries et les États américains politiquement sensibles à l’approche des élections de mi-mandat de novembre.

Le Maine en est l’exemple le plus clair. Le Canada achète environ la moitié des prises de homard du Maine, et les nouveaux tarifs interviennent pendant l’importante saison de pêche d’automne. D’autres produits ciblés comprennent l’acier, l’aluminium et les pièces automobiles dans le Michigan, le fromage dans le Wisconsin et les appareils électroménagers dans le Kentucky. Il ne s’agit pas seulement de grandes industries américaines ; ils sont concentrés dans les États où se disputent d’importantes élections au Congrès.

Le message d’Ottawa va donc plus loin que la valeur des biens concernés. Le Canada montre que les pressions tarifaires américaines peuvent avoir un coût politique et économique au pays.

En même temps, le Canada laisse une marge de négociation. Les deux pays ont déjà passé des mois à tenter de parvenir à un accord commercial plus large, et Ottawa a clairement indiqué qu’il souhaitait un accord équitable plutôt qu’une guerre commerciale illimitée. Les représailles exercent une pression sur Washington tout en maintenant vivante la possibilité d’un règlement négocié.

L’impact économique direct de la lutte tarifaire entre les États-Unis et le Canada reste toutefois limité pour l’instant. Les dernières mesures canadiennes ne couvrent qu’une part relativement faible du commerce bilatéral, et même une escalade plus large ne serait pas susceptible, à elle seule, de provoquer un choc majeur sur l’économie mondiale.

L’importance des représailles du Canada réside ailleurs.

Cela envoie un signal bien plus fort au système commercial mondial : les tarifs douaniers unilatéraux américains ne doivent pas rester sans réponse.

Cela soulève une question fondamentale pour le commerce mondial :

Le système Turnberry, tel que décrit dans ce commentaire, représente une nouvelle approche américaine dans laquelle les droits de douane sont utilisés comme levier pour obtenir des concessions individuelles de la part des partenaires commerciaux par le biais d’accords bilatéraux. Le nom vient du cadre commercial États-Unis-UE conclu à Turnberry, en Écosse, en juillet 2025.

Dans ce cadre, les États-Unis ont accepté un plafond tarifaire de 15 % pour la plupart des produits européens, tandis que l’UE a accepté d’éliminer les droits de douane sur les produits industriels américains et d’accorder un accès préférentiel à une gamme de produits agricoles et de fruits de mer américains. L’UE a également annoncé son intention d’acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie aux États-Unis d’ici 2028 et d’inviter les entreprises européennes à investir 600 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis.

Turnberry représente donc plus d’un accord commercial. Il pointe vers un système commercial basé de plus en plus sur des négociations bilatérales, les droits de douane constituant la principale arme de négociation. Cela est fondamentalement différent du système de l’OMC, qui est construit autour de règles et d’obligations communes entre ses membres.

Les représailles du Canada constituent un défi direct à cette direction.

Ottawa ne se contente pas d’aligner les tarifs américains sur ses propres tarifs. Le Canada a également porté des mesures tarifaires américaines auprès de l’OMC, y compris sa contestation des tarifs américains sur l’acier et l’aluminium. En combinant les représailles avec l’action de l’OMC, le Canada fait une déclaration politique plus large : les tarifs unilatéraux qui vont à l’encontre des règles de l’OMC ne devraient pas simplement être acceptés comme la nouvelle norme.

Cela compte bien au-delà du Canada.

Si les principales économies commerciales sont obligées de négocier séparément avec Washington chaque fois que des droits de douane sont imposés, le système commercial mondial pourrait devenir de plus en plus fragmenté. Les règles communes céderaient progressivement la place à des accords bilatéraux dans lesquels l’accès au marché dépend davantage du pouvoir de négociation que des obligations convenues dans le cadre de l’OMC.

Un paquet de cerises portant une étiquette canadienne est exposé à Brampton, Ontario, Canada, le 30 août 2026. /VCG

Pourtant, le commerce mondial a fait preuve d’une résilience considérable. Les données de l’OMC montrent que le volume du commerce mondial de marchandises a augmenté de 4,6 % en 2025 malgré la forte hausse des droits de douane et l’incertitude commerciale. Cette résilience suggère que le commerce mondial n’est pas simplement fonction de la politique américaine. Les chaînes d’approvisionnement, les marchés et les relations commerciales ont continué de s’adapter.

Cet ajustement encourage déjà une plus grande diversification des échanges.

Le Canada cherche à approfondir ses relations économiques avec des partenaires autres que les États-Unis. D’autres économies font de même, recherchant de nouveaux marchés et chaînes d’approvisionnement pour réduire leur exposition aux mesures unilatérales d’une seule puissance commerciale.

Cela ne signifie pas que les États-Unis perdront de leur importance. Les États-Unis demeurent de loin le plus important partenaire commercial du Canada, et les deux économies sont profondément intégrées. Mais la réponse du Canada montre que la dépendance économique ne signifie pas nécessairement accepter toutes les conditions imposées par un partenaire commercial plus important.

La question plus vaste n’est donc pas de savoir si les représailles du Canada, d’un montant de 27,6 milliards de dollars canadiens, changeront l’économie mondiale. Ce ne sera pas le cas.

Les gens profitent d’une journée ensoleillée le long de la rive nord du lac Ontario à Toronto, au Canada, le 28 août 2026. /VCG

Le problème est de savoir ce qui vient ensuite.

Un plus grand nombre de pays accepteront-ils un système commercial de plus en plus façonné par des tarifs douaniers unilatéraux et des négociations bilatérales ? Ou utiliseront-ils des contre-mesures, des négociations et l’OMC pour défendre un système fondé sur des règles communes ?

Le Canada a choisi de riposter.

Ses droits de douane visent non seulement des produits américains spécifiques, mais également des États et des industries politiquement importants. Son action à l’OMC remet en question la légitimité des tarifs douaniers unilatéraux. Et ses efforts pour diversifier ses échanges commerciaux montrent que la dépendance à l’égard du marché américain n’est plus considérée comme une fatalité.

Les représailles du Canada sont donc bien plus qu’un différend tarifaire bilatéral. Il s’agit d’un premier test pour savoir si le système commercial multilatéral centré sur l’OMC peut résister à la montée du système Turnberry.

Le Canada a fait son choix : s’opposer aux tarifs douaniers unilatéraux, poursuivre les négociations lorsque cela est possible et maintenir l’OMC dans le jeu.

(Couverture via VCG)