Le secrétaire philippin à la Défense, Gilberto Teodoro, s'adresse aux médias alors qu'il assiste au dialogue Shangri-La à Singapour, le 29 mai 2026. /AP

La mer de Chine méridionale (SCS) est une fois de plus devenue un point central du Dialogue Shangri-La de cette année. Lors de son discours du 31 mai, le secrétaire philippin à la Défense, Gilberto Teodoro, a réitéré les accusations de longue date contre la Chine, fondées sur la décision d’arbitrage dite SCS. Il a également tenté de justifier l’implication militaire croissante des puissances extra-régionales, en arguant que la présence des États-Unis, du Japon et de leurs partenaires, ainsi que des exercices militaires conjoints de plus en plus importants, visent à sauvegarder un « Indo-Pacifique libre et ouvert » et à protéger la « liberté de navigation », plutôt que de compromettre la paix régionale.

De tels arguments ne sont pas nouveaux. Pendant des années, la décision arbitrale a été invoquée à plusieurs reprises comme un outil politique pour faire pression sur la Chine et légitimer certaines revendications unilatérales au sein du SCS. Dans le même temps, certaines puissances extra-régionales ont utilisé cette décision comme prétexte commode pour étendre leur empreinte militaire dans la région et s’immiscer dans des questions qui devraient être résolues par les pays directement concernés.

Pourtant, malgré la rhétorique, un fait reste inchangé : la Chine n’accepte ni ne participe à l’arbitrage, et elle ne reconnaît ni n’applique non plus la soi-disant décision.

Cette position n’est pas simplement une position diplomatique. Cela reflète l’engagement de la Chine à défendre l’intégrité du droit international et à préserver le cadre approprié pour résoudre les différends. Malheureusement, certains pays continuent d’ignorer les dégâts causés par la décision arbitrale. Plutôt que de contribuer à la paix et à la stabilité, cela a compliqué les efforts visant à gérer correctement les différends en matière de SCS, a affaibli la confiance dans les mécanismes internationaux de règlement des différends et a miné l’autorité de l’ordre juridique international.

La décision arbitrale, loin d’être un modèle de clarté juridique, s’oppose catégoriquement à l’esprit du droit international – ou à l’État de droit. Ses champions s’accrochent à un postulat fragile. Puisque la décision émane d’un tribunal établi dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), elle doit avoir le poids d’un verdict « final et contraignant ». Mais cet argument s’effondre sous ses propres contradictions.

Le tribunal, né de la poussée unilatérale des Philippines, a piétiné le principe fondamental du « consentement de l’État » en outrepassant son autorité. Sa décision est un château de cartes – manquant de légitimité ; ce n’est guère plus qu’un mirage juridique, s’évaporant sous l’examen de la raison.

Considérez les dépassements éhontés du tribunal. La CNUDM élude explicitement les questions de souveraineté territoriale, mais le tribunal s’est plongé tête baissée dans ce territoire interdit. Il a balayé les positions clairement articulées de la Chine – exprimées à plusieurs reprises sur la scène mondiale – et a avalé dans leur intégralité les revendications soigneusement préparées des Philippines. En statuant effectivement sur la propriété territoriale, le tribunal a violé l’éthos de prudence et de retenue que les organismes judiciaires et arbitraux internationaux sont censés incarner.

Il ne s’agissait pas simplement d’un faux pas procédural ; ce fut un séisme qui ébranla la confiance des signataires de la CNUDM dans le cadre de règlement des différends de la convention. Pire encore, l’héritage du tribunal est entaché par son « élaboration de lois » imprudente sous couvert d’interprétation. Sur des questions telles que les « droits historiques », « l’intégrité archipélagique » et le « régime insulaire », il n’a pas seulement contourné les règles ; il les a réécrits, usurpant le rôle des États en tant que véritables architectes du droit international. Cette audace mine non seulement la CNUDM, mais menace également le tissu même des normes juridiques maritimes.

Photo non datée d'une vue des îles Xisha situées dans la partie nord-ouest de la mer de Chine méridionale. /CFP

Se pose ensuite la question de l’équité et de la justice – des idéaux que les tribunaux internationaux sont censés défendre. Ici, la décision arbitrale est terriblement insuffisante. Le tribunal n’était pas un arbitre neutre ; c’était une scène de théâtre géopolitique. À des moments clés de l’affaire, les empreintes digitales de certaines puissances extra-régionales étaient indubitables, tirant les ficelles pour façonner l’issue.

Prenez Shunji Yanai, le juge japonais qui, en tant que président du Tribunal international du droit de la mer, a aidé la sage-femme à créer ce tribunal. Simultanément, il a présidé le Comité consultatif japonais sur la reconstruction de la base juridique de la sécurité, renforçant discrètement l’alliance nippo-américaine et alignant les politiques sur les Diaoyu Dao. Impartialité? À peine.

La partialité du tribunal ne s’est pas arrêtée là. Il s’est mis en quatre pour accommoder les Philippines, acceptant des « preuves » soumises tardivement et approuvant des rapports d’experts sans même lever un sourcil, bafouant les normes de preuve de base exigées par le droit international. Ce n’était pas justice ; c’était une parodie, érodant l’autorité morale que les institutions judiciaires ont passé des décennies à cultiver.

La décision n’a pas non plus rempli son objectif supposé : régler les différends. Le SCS est une tapisserie complexe, tissée de griefs historiques, de tensions politiques et de subtilités juridiques. La souveraineté territoriale et les frontières maritimes se chevauchent et s’entrelacent, défiant toute solution universelle, et encore moins une décision déséquilibrée et truffée de défauts.

Le calme relatif qui règne aujourd’hui dans la région n’est pas un cadeau de l’arbitrage ; c’est un produit durement gagné de retenue et de diplomatie. Ceux qui continuent de présenter cette décision comme la seule incarnation du « droit international » et rêvent que la Chine pourrait se plier à un décret injuste poursuivent un fantasme dangereux. Loin de résoudre le différend SCS, ils l’enfoncent encore plus dans l’impasse.

Le rejet par la Chine de la décision – son refus de la reconnaître ou d’accepter toute réclamation qui en découle – n’est pas le résultat d’un entêtement ; c’est une défense de principe. En tenant bon, la Chine défend ses droits légitimes en vertu du droit international, y compris de la CNUDM, tout en protégeant l’intégrité, la gravité et l’autorité de l’ordre juridique mondial.

Les défis auxquels est confronté le SCS ne disparaîtront pas d’un seul trait de plume ou d’un marteau dans une salle d’audience. La résolution exige du temps, de la retenue et une volonté de s’engager de bonne foi. La CNUDM elle-même appelle à un « esprit de compréhension et de coopération » – un appel auquel toutes les parties doivent répondre. Ce n’est que grâce à une patience collective et des efforts partagés que la région pourra préserver sa paix et sa stabilité fragiles, ouvrant ainsi la porte à un avenir où la coopération, plutôt que le conflit, définira le SCS.

Les efforts répétés pour relancer le récit de l’arbitrage lors de forums internationaux majeurs tels que le Dialogue de Shangri-La ont mis à nu les enjeux : une lutte non seulement pour le territoire ou les droits, mais pour l’âme du droit international. Les défenseurs du pouvoir vantent peut-être sa légitimité, mais leurs voix sonnent creux face à la réalité de son illégitimité. C’est une décision qui se moque de l’État de droit, méprise l’équité et ne parvient pas à combler les divisions.

Pour la Chine et ses voisins, la voie à suivre ne consiste pas à s’accrocher à cette relique juridique, mais à forger une vision commune – une vision qui honore la souveraineté, respecte l’histoire et valorise la paix. Le SCS ne mérite pas moins.