Un rendu du satellite Einstein Probe, construit avec des technologies chinoises et allemandes. /VCG

La Chine et l’Allemagne ont construit un pont scientifique résilient dans l’exploration spatiale au cours des cinq dernières années, passant du simple échange de données au développement partagé de matériel et à l’étude physique de matériaux extraterrestres. Ces efforts fournissent des composants technologiques essentiels à la navigation dans l’espace lointain et à la physique des hautes énergies.

En 2024, la mission Chang’e-6 a franchi une étape historique en renvoyant les tout premiers échantillons de la face cachée de la Lune. Niché sur le panneau supérieur de l’atterrisseur se trouvait une petite mais essentielle pièce d’ingénierie dirigée par l’Allemagne : l’Instrument for Landing-Roving Laser Retroreflector Investigations (INRRI). L’appareil – un réflecteur laser spécialisé – agit comme un miroir permanent et passif sur la surface lunaire.

L'atterrisseur lunaire Chang'e-6. /CNSA

En faisant rebondir les faisceaux laser sur ce réflecteur, les scientifiques peuvent mesurer la distance entre le vaisseau spatial en orbite et la surface lunaire avec une précision millimétrique. Cela fournit une « coordonnée dorée » sur la face cachée, qui est notoirement difficile à cartographier car elle ne fait jamais face à la Terre.

Le projet, impliquant une collaboration entre les ingénieurs chinois et allemands, garantit que les futures missions disposeront d’un point de référence fiable pour des atterrissages et un suivi de haute précision.

Alors que certains projets s’intéressent au sol lunaire, d’autres s’intéressent aux profondeurs du cosmos. Lancé début 2024, la sonde Einstein est un satellite conçu pour détecter des événements transitoires – des éclairs soudains et violents de rayons X provenant de trous noirs ou d’étoiles explosives.

La première photo prise par la sonde Einstein. /VCG

Un élément central de cette mission est le télescope à rayons X de suivi (FXT), développé avec la forte participation de l’Institut Max Planck de physique extraterrestre (MPE) en Allemagne.

Le MPE a fourni des assemblages avancés de miroirs à rayons X, permettant au satellite de zoomer sur des sources de rayons X faibles avec une clarté incroyable. En combinant l’optique allemande avec des capteurs chinois à grand champ, la mission a déjà commencé à identifier de rares systèmes d’étoiles binaires et des explosions cosmiques lointaines qui se sont produites lorsque l’univers n’avait que 10 % de son âge actuel.

Au-delà du matériel, la coopération entre les deux pays s’étend également au domaine de la géologie physique. En 2025, l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) a officiellement commencé à prêter des échantillons de sol et de roches lunaires de la mission Chang’e-5 à des chercheurs internationaux. L’Université de Cologne faisait partie des rares institutions mondiales sélectionnées pour recevoir ces matériaux rares.

Morceaux d'échantillon lunaire de la mission Chang'e-5. /VCG

Des cosmochimistes allemands analysent actuellement ces échantillons – estimés à environ 2 milliards d’années – pour comprendre l’évolution thermique de la Lune. Ces échantillons sont nettement plus jeunes que les roches rapportées par les missions américaines Apollo, comblant ainsi une lacune énorme dans notre chronologie de l’histoire lunaire.

Pour l’avenir, ce partenariat s’oriente vers des infrastructures à long terme. Les instituts de recherche allemands ont été invités à participer aux phases de planification et de démonstration du concept de la Station internationale de recherche lunaire (ILRS). Ce projet ambitieux vise à construire une base permanente sur la Lune d’ici le milieu des années 2030. En impliquant des chercheurs allemands dès la planification de l’ILRS, le projet atteint un niveau de rigueur technique essentiel pour une présence humaine permanente sur la Lune.