Shinjiro Koizumi, reconduit dans ses fonctions de ministre de la Défense au sein du cabinet du Premier ministre Sanae Takaichi, au bureau du Premier ministre à Tokyo, le 18 février 2026. /CFP

Le 25 février, la Commission de recherche sur la sécurité du Parti libéral-démocrate du Japon a approuvé au siège du parti un projet de proposition visant à assouplir les règles sur l’exportation d’équipements de défense. Selon les médias, le projet autorise en principe l’exportation d’armes et d’équipements dotés de capacités meurtrières et destructrices, notamment des avions de combat et des destroyers, et laisse une marge de manœuvre politique pour l’exportation d’armes vers des pays actuellement engagés dans un conflit dans des « circonstances particulières ».

La proposition devrait être soumise au gouvernement dès mars et pourrait conduire à des révisions des lignes directrices de mise en œuvre des Trois principes sur le transfert d’équipements et de technologies de défense ce printemps. Cette évolution marquera une avancée majeure dans la politique militaire et de sécurité du Japon et nécessitera une grande vigilance de la part des voisins asiatiques et de la communauté internationale.

Pendant longtemps, le Japon a maintenu des arrangements institutionnels relativement restreints en matière d’exportation d’armes. Les directives de mise en œuvre actuelles limitent les exportations autorisées d’équipements de défense à cinq catégories non liées au combat : sauvetage, transport, alerte, surveillance et déminage. La suppression proposée de cette restriction atténuerait non seulement les contraintes institutionnelles sur les exportations d’armes meurtrières, mais ouvrirait également les vannes politiques à l’exportation d’armes vers les zones de conflit.

Même si le projet affirme toujours que les exportations vers des pays actuellement engagés dans un conflit sont « interdites en principe », il prévoit une exception « lorsque des circonstances particulières sont prises en considération, ou des besoins de sécurité nationale ». Il centralise également l’autorité de contrôle au sein du Conseil de sécurité nationale, éliminant ainsi le besoin d’approbation du cabinet ou de participation à la Diète comme condition nécessaire. Face à de larges exceptions et à des procédures affaiblies, le soi-disant « principe » apparaît de plus en plus fragile.

Certaines personnalités politiques japonaises ont lié l’assouplissement des règles d’exportation au « soutien de l’industrie de défense » et au « renforcement des capacités de défense », l’utilisant même pour exagérer les tensions extérieures et affirmant que le Japon ne devait « pas céder aux pressions extérieures ». La véritable question, cependant, est de savoir si le Japon utilise la sécurité comme prétexte pour jeter les bases institutionnelles nécessaires à l’expansion de ses capacités militaires. Une fois que les armes comme les avions de combat et les destroyers deviendront des produits d’exportation courants, l’industrie de défense japonaise sera profondément ancrée dans le réseau mondial du commerce des armes.

Il convient également de noter que le projet classe clairement les équipements de défense en « armes » (létales, conçues pour tuer et détruire) et « non-armes » (non létales, comme les gilets pare-balles et les casques), limitant les exportations d’armes vers les pays qui ont signé des accords de transfert d’équipements de défense et de technologie avec le Japon. Un tel cadre d’accord pourrait facilement devenir profondément lié à des blocs de sécurité spécifiques, formant ainsi des réseaux de coopération militaire exclusifs.

L'armée japonaise teste un missile sol-navire à courte portée de type 88 sur le champ de tir anti-aérien de Shizunai, sur l'île principale du nord du Japon, Hokkaido, lors de son premier test de missile sur le territoire japonais, le 24 juin 2025. /CFP

Si les futures exportations d’armes sont liées à une diplomatie dite fondée sur les valeurs, le Japon renforcera non seulement la coordination militaire avec des alliés tels que les États-Unis, mais pourrait également intensifier la confrontation entre blocs dans des régions sensibles, ajoutant de nouveaux facteurs déstabilisateurs à un environnement de sécurité régional déjà complexe.

Si l’on regarde la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, chaque assouplissement de la politique militaire japonaise a suivi une série de percées progressives. De l’expansion des missions d’envoi à l’étranger après la guerre froide à la décision du cabinet du Premier ministre Shinzo Abe de lever l’interdiction de l’autodéfense collective en 2014, en passant par la promulgation de la législation sur la sécurité en 2015, la portée opérationnelle des forces d’autodéfense japonaises n’a cessé de s’élargir.

Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a « exhorté le Japon à réfléchir à son histoire d’agression, à écouter les voix de son peuple contre la guerre et à prendre des mesures pour gagner la confiance de ses voisins asiatiques ». Cette position est fondée non seulement sur les réalités actuelles mais aussi sur de profondes raisons historiques.

Dans la première moitié du XXe siècle, le Japon s’est engagé sur la voie du militarisme et a lancé des guerres d’agression contre les pays asiatiques, dont la Chine, provoquant de profonds désastres dans la région. L’établissement de la Constitution pacifiste du Japon après la Seconde Guerre mondiale en 1947 était un reflet systémique de cette histoire. C’est précisément pour cette raison que les pays asiatiques restent très sensibles à toute avancée dans la politique militaire japonaise.

Malheureusement, ces dernières années, certaines forces politiques japonaises ont adopté une attitude négative à l’égard des questions historiques, minimisant, voire brouillant, la responsabilité de l’agression. Alors que le Japon n’est pas parvenu à parvenir à un véritable consensus avec ses voisins asiatiques sur les perceptions historiques, le Japon a constamment sapé l’esprit de sa Constitution pacifiste en renforçant ses capacités militaires et en assouplissant les restrictions sur les exportations d’armes. De telles intentions politiques appellent inévitablement un examen externe.

La paix et le développement restent les thèmes déterminants de notre époque. Ce dont la région Asie-Pacifique a besoin, c’est de confiance mutuelle et de coopération, et non d’une confrontation entre blocs et d’une expansion des armements.

Si le Japon persiste dans sa quête imprudente de remilitarisation et de nouveau militarisme, il ne fera que se plonger dans un environnement de sécurité de plus en plus complexe et périlleux. Les nations asiatiques et la communauté internationale ont toutes les raisons de rester vigilantes et de sauvegarder ensemble la paix régionale durement gagnée.