La première déclaration officielle publiée jeudi par le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, alors que la fumée du conflit plane toujours sur la région, était un manifeste de défi. Cela suggère que les États-Unis et Israël ont peut-être mal évalué la résilience d’un régime qu’ils cherchaient à démanteler.
Les paroles du jeune Khamenei ne sont pas celles d’un remplaçant mais celles d’un stratège qui a passé des décennies à observer les rouages du pouvoir de l’intérieur.
Les images contenues dans la déclaration étaient aussi délibérées que obsédantes. En décrivant son père, l’ayatollah Ali Khameni assassiné, comme ayant le « poing fermé » même dans la mort, Khamenei a signalé que l’ère de la patience stratégique a été remplacée par une doctrine de résistance perpétuelle. L’engagement de venger chaque victime iranienne transforme le conflit d’une guerre d’État à État en une mission personnelle.
Pour Washington et Tel Aviv, l’hypothèse selon laquelle des frappes de précision contre les dirigeants iraniens entraîneraient un soulèvement populaire ou un successeur plus docile semble avoir été motivée par le genre de vœux pieux qui ont toujours tourmenté les aventures américaines dans la région. Au lieu d’une direction fracturée, les grèves semblent avoir forgé un front plus militarisé et plus consolidé.
Les conséquences géopolitiques de cette transition suggèrent que l’Amérique est désormais piégée dans un labyrinthe qu’elle a elle-même créé. L’escalade a atteint un point où le coût du séjour est aussi élevé que celui du départ. Quatre scénarios principaux illustrent comment les États-Unis se sont retrouvés piégés dans cette mésaventure agressive.

Le premier concerne l’effet de levier du détroit d’Ormuz. En appelant à la poursuite de la fermeture de la voie navigable, le nouveau dirigeant a placé un garrot autour du marché mondial de l’énergie. Les États-Unis voient leurs moyens navals mis à rude épreuve, tentant de frapper des cibles intérieures tout en étant incapables de garantir le passage en toute sécurité des pétroliers.
Selon le secrétaire américain à l’Energie Chris Wright, l’armée américaine n’est actuellement pas prête à escorter les pétroliers car tous ses moyens sont concentrés sur des frappes offensives. Ce double fardeau a déjà fait grimper les prix du pétrole au-delà de 100 dollars le baril.
Le deuxième point concerne le dilemme de la base régionale. La demande faite aux voisins du Golfe de fermer leurs bases américaines place les alliés régionaux dans une position difficile. Cela oblige les gouvernements locaux à choisir entre leur partenariat de sécurité avec les États-Unis et la menace immédiate d’être pris entre deux feux. C’est exactement ce que le premier vice-président iranien Mohammad-Reza Aref a souligné en déclarant que l’objectif stratégique est un retrait complet des États-Unis.
Le troisième point est la guerre d’usure. Téhéran mise sur une lutte à long terme. Alors que les États-Unis et Israël possèdent une puissance de feu supérieure, l’Iran possède l’avantage géographique et la capacité de supporter des difficultés que l’électorat américain ne partage pas. Chaque jour où la guerre se poursuit, le discours de la victoire devient plus difficile à convaincre du public qui voit les prix du gaz augmenter.
Le quatrième point est le test nucléaire décisif. Les 440 kilogrammes d’uranium enrichi que l’Iran détiendrait, un stock suffisant pour fabriquer plusieurs armes nucléaires en cas de traitement ultérieur, restent l’ultime joker.
Si l’objectif était d’éliminer la menace nucléaire, la campagne actuelle aurait pu obtenir le contraire. Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a prévenu que les stocks sont désormais dispersés dans de profonds tunnels fortifiés.
En prouvant que la souveraineté conventionnelle n’offre aucune protection contre les frappes occidentales, le conflit a probablement convaincu les nouveaux dirigeants que la dissuasion nucléaire est une nécessité pour la survie.
La tragédie de la posture américaine actuelle réside dans l’absence d’une stratégie de sortie claire. Des évaluations récentes suggèrent qu’il n’existait aucun plan réaliste pour combler le vide politique consécutif aux grèves. Cela révèle un défaut fondamental dans l’approche de la coalition : la conviction que la puissance aérienne peut dicter les résultats politiques.
Alors que la guerre entre dans sa troisième semaine, la réalité s’installe. Les États-Unis ne mènent pas seulement un conflit militaire, ils combattent un récit historique. Dans ce climat, la voie vers la désescalade est étroite et semée d’embûches politiques.
Pourtant, l’alternative est un bourbier qui ne cesse de s’aggraver. La dernière déclaration de Téhéran suggère que le nouveau leader est prêt pour un marathon. La question reste de savoir si les États-Unis parviendront à trouver une issue avant que le piège ne se referme.
