En tant que journaliste scientifique et cinéaste, ma plongée profonde dans l’environnement a commencé en 2021 lorsque la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) s’est réunie à Kunming, dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. C’était un point de départ chanceux. La biodiversité enseigne une vérité fondamentale que beaucoup négligent : la nature n’est pas un ensemble de parties, c’est un système respiratoire unique. J’espère que vous garderez cela à l’esprit dans votre lecture, car c’est la clé essentielle pour comprendre le Code écologique et environnemental actuellement en délibération à Pékin.
Pendant des décennies, les efforts de protection de l’environnement de la Chine ont été une série de batailles isolées. Si une rivière était polluée, il y avait une loi pour l’eau ; si l’air devenait gris, il y avait une loi pour l’air. Mais les écosystèmes sont indivisibles. Ce nouveau code – le deuxième code formel de l’histoire de la nation – marque la fin de cette ère fragmentée, signalant une évolution vers une gouvernance plus systémique de la vie et de la communauté.

L’impact le plus immédiat du code est sa profonde consolidation juridique. Le projet rassemble plus de 30 lois autonomes et plus de 1 000 règlements. C’est bien plus qu’un simple exercice de copier-coller ; c’est le prolongement juridique d’un changement massif dans la manière dont la Chine agit réellement.
L’année dernière, mon équipe a visité le lac Ulansuhai, dans la région autonome de Mongolie intérieure en Chine, une étendue d’eau vitale reliée au fleuve Jaune. Malgré la fermeture des usines voisines, le lac est resté stagnant et en voie de disparition. Des ingénieurs confus ont lancé une enquête approfondie et ont finalement trouvé le coupable à des centaines de kilomètres : le désert. Les sables mouvants envahissaient le réseau fluvial, obstruant les petites artères qui alimentaient le lac et détruisant sa capacité à se nettoyer.
En fin de compte, les ingénieurs ont élargi la portée de la restauration d’un seul lac à l’ensemble d’un bassin versant. Ce site est devenu un modèle de gouvernance intégrée, car il a prouvé qu’on ne peut pas économiser l’eau sans s’occuper du sable, de la forêt ou du sol de la zone. La logique fondamentale du code est de transformer cette réalité scientifique en une règle juridique rigide. En reliant le contrôle de la pollution et la restauration dans un seul cadre, cela garantit que les différents départements gouvernementaux travaillent enfin à partir du même manuel.

Ce qui a retenu l’attention des observateurs internationaux, c’est la section du code consacrée au « Développement vert et à faible émission de carbone ».
La Chine ne dispose pas encore d’une seule loi sur le changement climatique, mais ce code constitue le point d’ancrage juridique définitif pour la transition verte du pays. Il fournit une base légale solide pour le plafonnement des émissions de carbone, la neutralité carbone et le développement de chaînes d’approvisionnement vertes. Cela envoie un signal clair : les engagements de la Chine en matière climatique ne sont plus de simples déclarations politiques ; ils sont gravés dans l’architecture juridique fondamentale du pays. Il définit une vision environnementale large qui englobe la transition énergétique et la valeur économique réelle des actifs écologiques.

Pourquoi la Chine a-t-elle désigné l’environnement écologique comme son deuxième code ?
La réponse réside dans le poids du terme. En 2020, la Chine a promulgué le Code civil, « l’encyclopédie de la vie sociale » qui définit les droits de propriété et de mariage. En élevant l’environnement à ce même statut, Pékin signale que l’écologie n’est plus seulement un ensemble de règles administratives : elle devient un pilier de la société elle-même.
Cela représente un profond changement de valeurs. Il suggère qu’un air pur et un écosystème stable sont désormais considérés comme des éléments fondamentaux de la stabilité sociale, ayant le même poids juridique que la protection de la propriété privée. Cela marque le moment où « l’harmonie entre l’homme et la nature » passe d’une vision philosophique à un contrat social fondateur.
En tant que cinéaste, je considère ce code comme le long plan le plus ambitieux de l’histoire écologique de la Chine. Il ne s’agit pas simplement de réparer le passé ; il élabore le modèle d’une civilisation qui considère la nature comme son fondement.
