Les visiteurs découvrent une interface cerveau-ordinateur lors de la Conférence mondiale sur l'intelligence artificielle 2026 à Shanghai, en Chine, le 17 juillet 2026. /VCG

L’intelligence artificielle comme nouveau champ de bataille géopolitique

L’intelligence artificielle n’est plus seulement un outil technologique. Elle est devenue une source centrale de pouvoir mondial. Ceux qui contrôlent les algorithmes, les données et les infrastructures informatiques exerceront une influence considérable sur l’économie, la politique et la culture du 21e siècle.

Aujourd’hui, cette compétition se déploie entre plusieurs approches distinctes. Le modèle représenté par les grandes entreprises du Nord concentre les brevets et les capitaux. Parallèlement, le modèle chinois promeut une « route de la soie numérique » basée sur la coopération Sud-Sud et le principe de placer « l’humain au centre de toutes les initiatives ». L’approche pionnière basée sur les risques de l’Union européenne signifie que plus les risques sociaux associés à un système d’IA sont importants, plus les règles applicables sont strictes.

Dans divers forums internationaux, l’Amérique latine et les Caraïbes ont appelé à une gouvernance plus inclusive de l’IA, à un transfert de technologie et à un accès équitable à l’infrastructure numérique, ainsi qu’au respect de la souveraineté des données.

Cependant, certains pays testent le modèle le plus radical : l’intelligence artificielle sans réglementation, sans surveillance humaine significative ni implication de l’État.

La question centrale est de savoir si l’Amérique latine et les Caraïbes peuvent transformer l’IA en un instrument souverain ou si la région se contentera de consommer des modèles conçus ailleurs.

Le monopole du Nord : quand l’intelligence artificielle a un propriétaire

À l’heure actuelle, 80 % de la capacité informatique mondiale utilisée pour former des modèles d’IA serait contrôlée par cinq sociétés basées aux États-Unis. Google, Microsoft, Meta, Amazon et OpenAI déterminent en grande partie les règles, prix et conditions d’accès. Cet oligopole repose sur trois piliers : les infrastructures, les données et le capital. Le résultat est une nouvelle forme de dépendance.

En Amérique latine, ces entreprises ont concentré une grande partie de leurs investissements sur la construction de centres de données destinés à stocker et traiter les informations régionales. Grâce à la délocalisation, de grandes entreprises américaines ont également délocalisé leur production de matériel informatique au Mexique. Dans le même temps, l’Amérique latine et les Caraïbes sont devenues une source importante de talents employés à distance dans les domaines du développement de logiciels, de la science des données et de la cybersécurité.

Amérique latine : entre fracture numérique et potentiel régional

La région possède trois avantages compétitifs importants : des ressources critiques telles que le lithium et le cuivre, des professionnels hautement qualifiés formés dans des universités publiques et des défis locaux spécifiques que les systèmes d’IA développés dans le Nord ne répondent pas de manière adéquate ni n’ont nécessairement l’intention de résoudre.

Mais le principal obstacle reste la fragmentation. Chaque pays d’Amérique latine et des Caraïbes négocie de manière indépendante. La région manque d’une stratégie commune, de systèmes de données interopérables et de mécanismes de financement conjoints.

Les visiteurs voient le super nœud Huawei Ascend 950 lors de la Conférence mondiale sur l'intelligence artificielle 2026 à Shanghai, en Chine, le 17 juillet 2026. /VCG

La souveraineté peut-elle être atteinte sans changer le modèle de développement ?

L’intelligence artificielle aidera à déterminer qui exercera le pouvoir dans les décennies à venir. La Chine propose un modèle de coopération basé sur la place centrale de l’humain. Le Nord global offre des capitaux concentrés et exclusifs. L’Argentine offre un marché largement non réglementé.

La question est de savoir si une politique efficace en matière d’IA peut être développée sans transformer le modèle politique et économique de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Tant que les structures économiques extractives et la faiblesse des institutions étatiques prévaudront, l’intelligence artificielle restera largement cosmétique. Une transformation significative nécessite une planification étatique, des investissements publics et une intégration régionale. La région a également besoin d’un système de justice fiscale numérique. Cela devrait inclure des taxes sur les grandes entreprises technologiques et des prélèvements sur les plateformes qui monétisent les données des utilisateurs latino-américains.

Le siècle actuel se caractérise de plus en plus par des alliances flexibles, du pragmatisme et une plus grande capacité d’action envers les pays du Sud. Dans ce contexte, l’Amérique latine et les Caraïbes sont confrontées au défi de construire une véritable souveraineté numérique. Des initiatives telles que le projet mené par Santiago, au Chili, ainsi que des politiques publiques à long terme, offrent une voie à suivre.

Le moment de commencer à construire cet avenir est déjà arrivé.