Monténégro : l’opposition ne tolère pas la candidature de Dusko Markovic

Coup de théâtre au Monténégro. Contre toute attente, le Premier ministre sortant, Milo Djukanovic, ne dirigera pas le prochain gouvernement national. C’est Dusko Markovic, actuel vice-premier ministre et ancien patron des services de renseignements monténégrins, qui devra former une nouvelle coalition afin de former un gouvernement.

Leader de fait du Monténégro depuis 25 ans, Milo Djukanovic renonce ainsi à son poste. Néanmoins, l’opposition peine à croire que le plus ancien chef de gouvernement d’Europe puisse abandonner véritablement le pouvoir. Nommé pour la première fois Premier ministre en 1991, puis président de la République en 1998 et à nouveau Premier ministre en 2003, Milo Djukanovic ne s’est éloigné du pouvoir que pendant deux courtes années, de 2006 à 2008. Il a cependant su conserver la direction du Parti démocratique des socialistes (DPS) pendant ce bref entracte, ce qui lui permet d’occuper à nouveau le poste de Premier ministre jusqu’à ce jour.

Et il semblait décidé à rempiler pour un nouveau mandat. À l’issue des élections législatives du 16 octobre, et bien avant que le résultat du scrutin ne soit officialisé, Milo Djukanovic s’était précipité pour annoncer la victoire de son parti. Mais la réalité arithmétique était tout autre. Avec 36 sièges sur les 81 du parlement, le DPS arrivait certes en tête, mais ne disposait pas de la majorité absolue et se trouvait dans l’incapacité de former un gouvernement. De leur côté, les trois principaux partis d’opposition totalisaient 39 sièges et pouvaient facilement s’attirer le soutien des petites formations des minorités ethniques pour atteindre la majorité et désigner le nouveau Premier ministre.

C’est dans ce contexte que le DPS a dû réviser sa stratégie et proposer Dusko Markovic en tant que candidat au poste de Premier ministre. Seulement, le bras droit de Milo Djukanovic a lui-même une réputation sulfureuse. Impliqué dans plusieurs affaires de corruption et pots-de-vin, il a même été accusé d’avoir omis certaines informations dans le cadre de l’enquête sur le meurtre du journaliste Dusko Jovanovic, propriétaire et rédacteur en chef du journal d’opposition Dan, tué par balle en mai 2004. En effet, l’omission ou disparition d’informations importantes compliquent le travail des enquêteurs.

Aujourd’hui, le Front démocratique, principal parti d’opposition au Monténégro, estime que la candidature de Dusko Markovic au poste de Premier ministre est simplement inadmissible. Cette désapprobation vient s’ajouter à une longue série de critiques que l’opposition a formulées contre les législatives d’octobre et qui la mènent à refuser les résultats du scrutin. Des formations politiques telles que le Front démocratique, les démocrates, la Coalition Clé ainsi que la société civile estiment en effet que le scrutin s’est déroulé dans un contexte tendu ayant créé une « atmosphère de peur » qui a dominé la journée et envahi les électeurs.

Au moins 114 plaintes pour « violation de la liberté de choix du vote » ont été déposées au bureau du procureur monténégrin au lendemain de l’élection. Et l’opposition ne cesse de dénoncer l’achat de votes, les problèmes de contrôle d’identité et la « propagande grossière » du régime. Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, a pour sa part estimé que les allégations de fraude doivent être prises au sérieux et que des enquêtes approfondies doivent être menées.

Il faut dire que l’Union européenne suit de près le résultat de ces élections. En effet, si les négociations visant à l’adhésion du Monténégro semblaient avancer, l’Union avait constaté l’année dernière que « la corruption continue de représenter un grave problème, notamment dans le domaine du secteur public, des soins de santé, de l’éducation, de l’aménagement du territoire, de la privatisation et du bâtiment ». Les députés européens appelaient le pays à « faire de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités » et misaient particulièrement sur la capacité du régime à organiser des élections libres et transparentes. Pour l’heure, il n’est pas certain que le pays ait vraiment réussi.

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