Les Iraniens entre répression sanglante et blocus d’Internet

Les Iraniens entre répression sanglante et blocus d’Internet

Samedi 16 novembre, le gouvernement iranien a procédé à une coupure presque totale
d’Internet, en réponse aux manifestations en cours dans le pays. En une seule journée,
les trois opérateurs du pays – IPM, ITC et TIC, contrôlés par le régime en place – ont
bloqué les connexions entre l’Iran et le monde extérieur. Le déchainement de violences
subi par les populations n’est ainsi plus communicable vers l’étranger. Il s’agit désormais
d’un conflit à huis clos qui se déroule en Iran. Le bilan est aujourd’hui de 143 morts.

Des manifestations réprimées à huis clos


Les Iraniens sont dans la rue depuis le 16 novembre pour protester contre la hausse des
prix de l’essence d’au moins 50%. Cette augmentation concerne les 60 premiers litres
retirés, mais la mesure autorise les prix à tripler pour aider les Iraniens les plus
défavorisés, selon le gouvernement. Ces mesures font suite à la décision du gouvernement
de réduire la part de subventions gouvernementale du prix de l’essence, effective jusqu’à
maintenant.

Les manifestations semblaient se dérouler au départ dans la paix, avant les premières
violences perpétrées par les agents d’État qui ont donné une nouvelle tournure aux
évènements. Les dernières images reçues par les familles iraniennes résidant à l’étranger
montrent des agents de sécurité frappant violemment les manifestants. Suite à ce blocage
d’Internet, le bilan humain à Téhéran et ses banlieues reste inconnu, mais on évoque des
dizaines de morts dans les rues, dans la capitale comme dans les provinces plus pauvres.
Ce sont ces images-là que les populations ne peuvent plus envoyer dans le monde.

Désormais les Iraniens vivant à l’étranger sont sans nouvelles de leurs familles et de leurs
amis sur place. Même si un réseau local apparenté à Internet fonctionne encore dans le
pays, la population iranienne ne peut plus émettre ou recevoir de communications avec
l’extérieur. Ce réseau local encore en fonctionnement est directement accessible aux
institutions gouvernementales, comme à certaines banques et entreprises, mais il n’est
pas sûr pour envoyer des messages de contestation ou de dénonciation du régime. Il en
est de même avec les communications téléphoniques qui sont écoutées par les instances
gouvernementales.

Un blocus organisé par l’État Islamique

Cette coupure presque totale d’Internet arrive à la suite d’une reconfiguration du réseau
iranien, permettant aux trois opérateurs de sélectionner ou de bloquer des catégories de
trafic circulant entre l’intérieur et l’extérieur du pays. Ainsi, le réseau iranien est désormais
conçu pour permettre le contrôle des chemins empruntés par les données, afin de pouvoir
les bloquer de manière sélective. A l’intérieur du réseau iranien, les connexions sont de
bonne résilience car les données empruntent une multitude de chemins différents, mais le
passage vers l’extérieur est sous contrôle puisque limité à seulement quelque chemins.

Ces mesures de sécurité extrêmes, engendrant des violences inquiétantes, sont le point
d’orgue d’une série de mesures liberticides. L’Iran est l’un des pays les plus répressifs
pour les journalistes dans le monde, avec sa 170e place (sur 180 pays) du classement
annuel de Reporters Sans Frontières. Depuis la révolution islamiste de 1979, les Iraniens
voient progressivement disparaître leurs libertés d’expression et leur pouvoir économique.

De plus, le rétablissement de sanctions à l’encontre de la République Islamique décidées
par le Président Trump entre 2018 et 2019, pénalise l’Iran dans ses capacités de
commerce international. C’est dans ce climat de récession économique, de black-out et de
violence que l’armée de la République Islamique a averti dans un communiqué qu’elle
était prête «à réagir de manière décisive (…) face à la poursuite de l’insécurité et d’actions
qui perturbent la paix sociale», selon France 24.

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