La démocratie turque à l’épreuve de l’élection municipale stambouliote

La démocratie turque à l’épreuve de l’élection municipale stambouliote

Le durcissement politique en Turquie se vérifie depuis plusieurs mois par une série de mesures et d’indices peu trompeurs. Les oppositions et la presse sont muselées, plus de 150 journalistes sont en prison et le résultat de la dernière élection municipale à Istanbul a été contestée par le pouvoir. Le scrutin sera donc rejoué le 23 juin prochain et les électeurs ont eu l’occasion unique de voir les deux challengers s’opposer en direct à la télévision trois heures durant.

La politique réserve des paradoxes surprenants. Alors que la capitale économique de la Turquie, Istanbul, avait constitué la rampe de lancement de la carrière de Recep Tayyip Erdogan, la vitrine du pays est aujourd’hui le dernier rempart à la toute puissance du président turc et de son parti l’AKP. Cela s’est vérifié le 31 mars dernier avec la victoire d’une courte tête du candidat de l’opposition, Ekrem Imamoglu. Un succès remporté avec 13 000 voix d’avance sur le candidat de l’AKP Binali Yildirim. Le parti au pouvoir a porté réclamation et le scrutin a été annulé.

Un nouveau vote doit avoir lieu le 23 juin et les deux prétendants à la mairie se sont livrés à une joute verbale dont la Turquie n’est plus habituée. Ainsi, les Stambouliotes, mais l’ensemble des Turcs aussi ont assisté à un débat long de trois heures pendant lequel aucun des deux hommes n’a remporté la partie par KO. On peut noter toutefois la sortie d’Ekrem Imamoglu sur l’importance de ce nouveau vote : « Ce nouveau scrutin est une lutte pour la démocratie. C’est une lutte contre ceux qui ont volé notre droit… contre ceux qui ont volé le droit de 16 millions de nos concitoyens. C’est une lutte pour offrir à Istanbul une gestion propre ».

Les Turcs ont pu apprécier un débat d’une qualité certaine au cours duquel le candidat de l’AKP a adopté un ton plus mesuré que les habituels slogans scandés lors des derniers scrutins. La campagne de Binali Yildirim fait d’ailleurs moins référence au président Erdogan, une figure qui a tendance à être rejetée dans une ville comme Istanbul. L’élection du 23 juin donnera le ton des prochains mois dans une Turquie qui cherche une nouvelle voie. Le pays est toujours aussi fragile sur le plan économique et les électeurs devront se prononcer en partie sur un soutien aux autorités ou un appel à un changement de modèle.

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