La tentation d’un Internet russe isolé du monde

La tentation d’un Internet russe isolé du monde

Internet est un formidable outil d’information et de communication, mais en Russie, il est perçu par les autorités comme une faiblesse dans le grand jeu d’échecs mondial. Internet serait le cheval de Troie de pays hostiles qui profiteraient de la Toile pour affaiblir la Russie. Une proposition de loi vise à isoler le Net russe, mais cette volonté de plus en plus affichée depuis des mois dans les premiers cercles du pouvoir doit faire face à une contestation populaire et des défis techniques plus importants encore.

La liberté sur Internet est un sujet qui fait débat dans tous les pays du monde. La Russie ne fait pas exception à la règle et se signale même comme l’un des points chauds en raison de la volonté des autorités de contrôler toujours plus les informations qui y paraissent. Ainsi, un texte de loi présenté au Parlement aujourd’hui prévoit d’isoler l’Internet russe du reste du globe en cas de besoin. Le texte est porté par un sénateur et un député proches du pouvoir et est censé répondre au « caractère agressif de la stratégie de la cybersécurité des Etats-Unis ».

Dans un contexte de fortes tensions entre la Russie et l’Occident, les autorités russes dont Vladimir Poutine lui-même ne cessent de déplorer des Etats-Unis tout-puissants sur le Web. Un lieu où « ils écoutent tout, ils voient et ils lisent tout ce que vous faites (…) pour cette raison, nous devons créer de tels segments indépendants » selon les termes du président de la Fédération de Russie. Un Internet russe coupé du reste de la Toile doit pourtant faire face à de sérieuses contraintes. Au-delà d’une population russe visiblement pas très convaincue par les arguments avancés par les autorités (une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes à Moscou a eu lieu le 10 mars), les problèmes techniques liés à une telle rupture semblent extrêmement difficiles et coûteux.

Un conseil d’experts mandaté par le gouvernement estime qu’une telle politique entraînerait « des perturbations majeures » et aurait un coût de 1,8 milliard d’euros par an. Des contraintes techniques pas forcément maîtrisables et un coût financier qui semble rédhibitoire. La Russie a déjà censuré plusieurs sites, mais n’a pas réussi à bloquer le réseau crypté Telegram. Les Internautes russes sont confrontés à des contraintes toujours plus lourdes à l’image d’une loi contre les « infox susceptibles d’avoir un écho social significatif ». De plus, il est de plus en plus difficile de critiquer les autorités en raison d’une autre loi votée par le Parlement. L’internet russe fait cavalier seul et se met à dos nombre de ses utilisateurs.

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