Elections législatives au Kazakhstan : en quête de la confiance publique.

Elections législatives au Kazakhstan : en quête de la confiance publique.

Les élections législatives du 10 janvier 2021 sont les premières depuis qu’ont été publiées les nouvelles lignes de conduite visant à augmenter l’ouverture, la justice et la transparence du système électoral au Kazakhstan. Ce qui marque ce contexte de transition, c’est bien sûr la pandémie. Mais aussi, sur le plan de l’organisation, la conformité des élections avec les objectifs d’intégration de jeunes et de femmes parmi les candidats, ainsi que la nouvelle expérience que représente pour les régions le système proportionnel.

De notre envoyé spécial, Aymeric Bourdin.

La structuration des procédures électorales

Au cours de la journée, l’électorat comptant 11 millions de votants a pu déposer son bulletin dans un des 66 lieux de vote mis en place dans 51 pays. Le vote visait à désigner les élus de 98 sièges à la chambre basse du parlement, le Majilis. Les neuf autres sièges étant pourvus séparément par l’Assemblée du peuple du Kazakhstan, un organe politique représentant des dizaines de groupes ethniques.

Un calendrier à cheval sur deux années

Dès le 21 octobre 2020, le Président du Kazakhstan signait un décret programmant la tenue d’élections législatives le 10 janvier 2021. Du 10 au 30 novembre, les partis en compétition ont ainsi tenu des meetings de pré-élection et sélectionné leurs candidats. Le 10 décembre 2020, la Commission centrale de l’élection a confirmé les listes de candidats des partis.

Le 15 décembre a vu le déploiement d’observateurs issus des partis politiques, d’associations ou d’ONG, d’organisations internationales, des médias du Kazakhstan et de médias étrangers.

Des partis de plus en plus variés et une diversité dans le profil des candidats

Il est à noter que les 312 candidats reflètent aujourd’hui une certaine diversité de la société kazakhstanaise, avec 222 hommes et 90 femmes et 19 personnes de moins de 29 ans. La moyenne d’âge des candidats est de 47 ans et pas moins de 12 ethnies sont représentées.

En termes de répartition, Nur Otan, le parti majoritaire, présente 126 candidats. La Parti Populaire du Kazakhstan, héritier du parti communiste en présente 113. Ak Zhol, quant à lui, parti des milieux d’affaires, teinté de nationalisme, envoie 38 candidats. Tandis qu’Aouyl, le parti représentant les populations rurales, présente 19 candidats et Adal, plateforme pro-business, 16 candidats.

Des conditions d’éligibilité encadrées

Pour être éligible, il fallait être citoyen de la République du Kazakhstan, résidant du pays depuis les dix dernières années et être âgé d’au moins 25 ans. Ne pouvaient être candidats, les coupables de corruption ou de crime, selon la loi du Kazakhstan. Même s’il l’avait voulu, impossible donc de se présenter pour un opposant tel que Moukhtar Abliazov, homme d’affaires condamné pour détournement de fonds et aujourd’hui placé sous contrôle judiciaire en France.

Les réformes politiques : vers un « État à l’écoute »  

Si le régime depuis l’indépendance en 1991 peut être qualifié de ferme, le Kazakhstan a constamment soutenu les efforts pour favoriser une société plus démocratique et représentative, conformément à la Constitution. Le président Tokayev, élu en 2019, a dans ce sens développé l’approche d’« État à l’écoute » qui vise à conférer aux citoyens un espace politique pour exprimer idées et opinions.

Ainsi le Conseil National de la Confiance publique a été établi le 17 juillet 2019 pour encourager le gouvernement à être plus réactif aux demandes des citoyens. Ce Conseil est un organe consultatif qui, sous la présidence du Chef de l’État, vise à conduire un dialogue ouvert avec les représentants de la société civile en cours de structuration et des partis politiques pour développer des propositions de réformes législatives.

Des réformes électorales attendues

Par ailleurs, le gouvernement du Kazakhstan a entrepris des réformes politiques et électorales pour encourager le développement d’un système multi partis dans l’optique d’une saine compétition politique, ainsi que pour encourager l’engagement civique.

Dans ce sens, un Institut de l’opposition parlementaire a été mis en place. Il fournit des garanties supplémentaires pour la représentation de partis minoritaires dans le corps législatif.

Les restrictions à l’établissement de nouveaux partis ont été abaissées. Ainsi le nombre de signatures nécessaires à la création d’un parti politique avec la capacité à contester les élections est passée de 40 000 à 20 000.

Un quota obligatoire de 30% de femmes et de jeunes de moins de 29 ans a par ailleurs été mis en application dans l’enregistrement des listes de partis.

Un droit de manifestation assoupli

Pour les élections, le Kazakhstan a adopté le principe britannique de sélectionner des lieux définis pour les manifestations. Des zones spéciales de protestation ont donc été mises en place à Nur-Sultan, ainsi que dans les villes principales et dans chacun des districts.

Le temps nécessaire pour notifier aux autorités l’intention de tenir une manifestation politique a été par ailleurs réduite à cinq jours.

Intégrité électorale et mesures de protection contre le virus

En cas de violation des règles électorales, une investigation doit être conduite, pouvant mener aux poursuites prévues par la loi. À cet égard, le Kazakhstan souscrit aux standards et normes reconnus au niveau international pour la conduite appropriée d’élections et continue à coopérer avec ses partenaires internationaux pour s’assurer que le processus démocratique est respecté.

À ce jour la Commission électorale a reçu 104 plaintes dont 46 d’individus, 36 d’organisations et 22 de média. 700 observateurs internationaux ont été invités à suivre cette élection, provenant de 53 pays.

Des mesures de prévention contre la propagation du Coronavirus durant les différentes phases des élections ont été également prises, que ce soit dans la protection des personnes impliquées sur les sites de vote ou par la distanciation sociale des entités organisatrices dans toute la phase amont.

Le jour du vote, les bureaux étaient ouverts de 7h à 20h partout dans le pays.

À 16h, 52, 5% des électeurs a voté dans l’ensemble du pays. À Nur-Sultan, 41, 1% s’étaient rendus aux urnes.

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