De l’eau dans le gaz de Nord Stream 2

De l’eau dans le gaz de Nord Stream 2

Le gazoduc Nord Stream 2 qui doit relier La Russie à l’Allemagne en passant sous la mer Baltique suscite de nombreuses inquiétudes au sein de l’Union européenne. Le projet est perçu par certaines chancelleries comme dangereux, car il aurait tendance à renforcer le poids du gaz russe en Europe. L’Allemagne, elle, plaide pour une interdépendance utile à des fins politiques, car si les Européens ont besoin du gaz russe, Moscou ne peut se passer de la vente de ses hydrocarbures.  

Lorsque la Russie entre dans une équation, elle a tendance à créer des tensions. Le projet de gazoduc Nord Stream 2 ne fait pas exception d’autant plus que les enjeux sont colossaux. Les 1 200 kilomètres de gazoduc qui doivent relier la côte balte de la Russie au nord de l’Allemagne coûtent 9,5 milliards d’euros, mais le prix pourrait être plus élevé encore en ce qui concerne les relations entre pays membres de l’Union européenne. Avec Nord Stream 2, Berlin souhaite se placer au centre de l’échiquier européen dans le domaine du gaz. Un objectif qui va dans le sens des intérêts russes puisque Moscou entend marginaliser l’Ukraine avec qui il est en conflit. Le gazoduc Nord Stream 1 passe par l’Ukraine et la Pologne et a été à l’origine de trois crises entre 2005 et 2009.

Une Ukraine mise sur la touche et qui verra peu à peu s’envoler plus de 3 milliards de dollars annuels de redevance, une Pologne vent debout contre Nord Stream 2 et une France qui a peur de voir l’influence russe se renforcer au cœur de l’Europe. Les craintes sont tellement vives que Paris est prêt à jouer contre son principal partenaire – Berlin – en soutenant la révision d’une directive européenne qui empêcherait Gazprom d’être le propriétaire du gazoduc en cours de construction. La diplomatie française craint également la réaction américaine. Les Etats-Unis ont fait savoir que toutes les entreprises qui participeraient à ce projet seraient susceptibles de sanctions en accord avec une loi américaine intitulée « Contrer les ennemis des Etats-Unis par le biais des sanctions. Si de telles mesures venaient à être prises, l’énergéticien français Engie qui s’est engagé à hauteur de 10 % dans le projet Nord Stream 2, serait dans le collimateur du département d’Etat américain.

La réaction américaine s’explique par l’animosité envers la Russie, mais aussi par son intérêt à exporter son gaz de schiste au détriment du gaz russe. La France, elle n’a aucun intérêt énergétique particulier à défendre, mais elle ne souhaite pas voir son partenaire allemand devenir la plaque tournante du gaz en Europe. Les tensions sont donc croissantes entre des pays européens (avec les Etats-Unis en trouble-fête) qui ne cessent pourtant d’appeler au dialogue et à la conciliation. Malgré les discours, les intérêts nationaux sont encore une grille de lecture pertinente.

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