Moukhtar Abliazov mis en examen en France

Moukhtar Abliazov mis en examen en France

Depuis 2009, l’ancien banquier kazakh Moukhtar Abliazov est accusé d’avoir détourné d’importantes sommes d’argent de la banque kazakhe BTA. En fuite en Angleterre puis en France, il bénéficie depuis peu du statut de réfugié politique malgré un faisceau de preuves qui l’accablent.

L’affaire « Abliazov » a connu un nouveau rebondissement le 7 octobre dernier. Alors qu’il venait d’obtenir le statut de réfugié politique quelques jours plus tôt, l’oligarque kazakh Moukhtar Abliazov a été mis en examen pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment aggravé » par le juge d’instruction de Paris.

Sa mise en examen fait suite à une plainte déposée à Paris en 2017 pour le détournement de plus de 7,5 milliards de dollars, lorsque l’accusé était PDG et actionnaire principal de la banque kazakhe BTA, avant sa nationalisation en 2009. La République d’Asie centrale lui reproche d’avoir dilapidé cette fortune en accordant des prêts sans garantie à des sociétés écrans dont il était bénéficiaire, rappelle Le Figaro. En 1999, il avait déjà été sous le coup d’une procédure pénale pour de multiples fraudes lorsqu’il était ministre de l’Énergie, du Commerce de l’Industrie, puis condamné à six ans de prison en 2002 pour abus de pouvoir à la tête de l’entreprise publique d’électricité KEGOC. Gracié par le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev un an plus tard, il passa deux années en Russie avant de revenir au Kazakhstan pour prendre la direction de BTA.

Inquiété par trois pays européens et Interpol

Suite à la faillite de la banque en 2009 et aux accusations de détournement de fonds de BTA, l’ex-homme d’affaires s’est enfui en Grande-Bretagne, où il a obtenu le statut de réfugié politique. Mais alors que la justice britannique s’était à son tour lancée à sa poursuite, il a fui le pays pour s’établir en France en 2012. Au milieu de l’été 2013, Moukhtar Abliazov a été arrêté par la police française dans sa luxueuse villa de la région de Grasse, sur les hauteurs de la Côte d’Azur. Visé par une notice rouge d’Interpol, le fugitif a alors été envoyé à Fleury-Mérogis. Suite à une décision du Conseil d’État refusant son extradition, il a entre-temps été condamné par contumace en Grande-Bretagne, où son statut de réfugié a été annulé. Recherché par les justices kazakhe et britannique, il l’est également en Ukraine et en Russie, où pas moins de 11 chefs d’inculpation pèsent toujours sur lui.

Présenté par certaines ONG comme une victime, Moukhtar Abliazov ne serait, à en croire le journaliste d’investigation britannique Tom Burgis, qu’un opposant politique de façade. Dans son livre-enquête « Kleptopie : comment l’argent sale est en train de conquérir le monde », consacré à la corruption, le reporter raconte l’histoire du sulfureux Kazakh et dénonce ses motivations très éloignées de la politique selon lui : « Lui et Botagoz Jardemalie (ex-directrice exécutive de BTA, elle-même exilée en Belgique et poursuivie par la justice belge) sont plutôt des collègues kleptocrates, et non des combattants de la liberté et les activistes démocratiques qu’ils prétendent être », retient le Brussels Post News, qui cite également les transferts de plusieurs centaines de millions d’euros qu’aurait effectués Moukhtar Abliazov à Victor Khrapounov (ex-maire d’Almaty et désormais résident suisse) et son fils Ilyas, eux aussi fichés rouge par Interpol. Sans compter que quelques-uns de ses supposés complices se cachaient en utilisant de faux passeports kirghizes et viennent d’être extradés de la Géorgie et des Émirats arabes unis d’après le journal l’Echo du Caucase.

Si les motivations « politiques » de Moukhtar Abliazov sont désormais sérieusement mises en doute, l’oligarque ne se trompe pas quand il affirme que ses ennuis avec la justice ne sont pas terminés.

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