Égypte-Chine : un duo d’avenir ?

Égypte-Chine : un duo d’avenir ?

Le géant chinois Huawei a récemment annoncé qu’il allait développer ses services « cloud » en Afrique et au Moyen-Orient depuis l’Égypte. Ce choix s’inscrit dans une politique globale de Pékin qui vise à faire de ce pays de 100 millions d’habitants un partenaire de tout premier plan. Une stratégie qui n’est pas récente, mais à laquelle la deuxième puissance mondiale a mis un coup d’accélérateur depuis que l’Égypte a retrouvé la voie de la stabilité politique et de la croissance économique.

NTIC : la Chine mise sur l’Égypte 

Lors du Mobile World Congress qui s’est tenu à Barcelone du 25 février au 28 février derniers, l’entreprise publique Telecom Egypte et le chinois Huawei ont signé un protocole d’accord visant à établir un partenariat stratégique dans le domaine du cloud. Huawei compte ainsi créer via le centre de données de Telecom Egypte sa propre plateforme de services d’informatique dématérialisée. Il s’agira d’une première en Afrique et au Moyen-Orient qui permettra de fournir des services « cloud » aux particuliers et aux PME en Egypte et dans la région. Si la date d’entrée en fonction du dispositif n’a pas encore été annoncée, il s’agit d’une avancée technologique majeur à l’échelle du continent africain.

Une relation de longue date qui va crescendo 

Depuis la fin des années 1970, la République populaire de Chine et la République arabe d’Egypte sont sur une trajectoire de rapprochement politique et économique constante qui est longtemps passée inaperçue. A partir des années 1990, la montée en puissance économique de « l’atelier du monde » et sa quête de nouveaux marchés vont rencontrer les besoins croissants en investissements de l’Egypte. Cette situation se concrétise en 1999 avec la signature d’un accord de « coopération stratégique ».

La tradition politique chinoise de neutralité vis-à-vis des soubresauts de la vie politique interne de ses partenaires assure un maintien des relations entre Pékin et Le Caire, malgré les Printemps arabes, l’instabilité et l’arrivée des islamistes au pouvoir.

Au moment de l’élection du président Al-Sissi, les relations entre Pékin et le Caire passent à la vitesse supérieure notamment au travers de la signature, en décembre 2014, d’un « partenariat stratégique intégral »: il s’agit de l’échelon le plus haut dans la hiérarchie des « partenariats » établie par la diplomatie chinoise, à travers lequel Pékin et le Caire s’engagent à coopérer sur le long terme  – même en cas de tensions occasionnelles – dans tous les domaines pouvant relever des relations bilatérales.

Toujours en décembre 2014, le président Al-Sissi s’est également officiellement associé à l’initiative des « nouvelles routes de la soie » lancée par son homologue chinois Xi Jinping en octobre 2013. Une adhésion essentielle pour la Chine en raison de la position stratégique de l’Égypte, située au carrefour de trois continents et maîtresse du Canal de Suez.

Signe de l’importance accordée à l’Égypte, le Caire a pu, grâce à une initiative chinoise, intégrer la dynamique des BRICS et a ainsi participé au sommet de Johannesburg en juillet dernier ; et ce après que le président Al-Sissi fut invité par Xi Jinping à assister au sommet de Xiamen l’année précédente. L’Égypte semble donc de plus en plus désireuse de s’associer aux dynamiques impulsées par la Chine qui visent à un instaurer un ordre international multipolaire et moins occidentalo-centré.

Un allié de taille pour la Chine

Pour la Chine, l’Egypte est donc un soutien sur la scène internationale, mais aussi un partenaire économique de poids dont l’importance va s’accroître dans les années à venir.  En effet, le pays des pharaons est la troisième puissance économique africaine, forte de plus de 5% de croissance en 2018 et qui, selon un rapport de l’université Harvard, sera au troisième rang des pays qui enregistreront la plus forte croissance au monde d’ici à 2026 (avec une moyenne de 6,63% sur la période). Ces performances sont d’autant plus impressionnantes qu’elles font suite à un effondrement de la croissance (aux alentours 2%) lors de la présidence de Mohammed Morsi.

De plus, grâce sa position stratégique entre une Europe consommatrice et un Moyen-Orient producteur et à ses deux ports d’exportation de gaz (les seuls de la région), l’Egypte ambitionne de devenir un véritable « hub » énergétique. Une ambition encouragée par d’importantes découvertes d’hydrocarbures (à l’instar du gisement offshore géant de Zohr) et incarnée par la création du Forum du gaz de la Méditerranée orientale (comprenant l’Egypte, l’Italie, Chypre, la Grèce, la Jordanie, Israël et la Palestine) annoncée au Caire en janvier dernier.

Cette politique de coopération régionale est également défendue par l’Égypte au sein de l’Union africaine, dont elle a pris la présidence en février dernier. Une position qu’a résumée Ehab Badawy, ambassadeur d’Egypte en France, dans une interview accordée à l’Opinion : « Les priorités de l’Egypte sont les priorités de l’Afrique (…) L’Egypte va œuvrer pour que les relations économiques entre les pays africains puissent se développer et que les zones économiques de libre échange puissent être bénéfiques à ces pays. »

En faisant de l’Égypte son principal partenaire en Afrique, la Chine a donc misé sur le bon partenaire : politiquement stable depuis 2014, le pays le plus peuplé du monde arabe a tout d’un futur géant économique et politique. Une situation qui devrait également conduire de nombreux pays européens – comme la France – à renforcer leurs relations avec Le Caire.

 

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