Le budget italien comme défi à Bruxelles

Le budget italien comme défi à Bruxelles

Après de longues semaines où les informations les plus contradictoires ont circulé, le Gouvernement italien a finalement arrêté son budget pour 2019. Le déficit attendu sera de 2,4 % et donc supérieur au 2 % souhaités par la Commission européenne. Cette dernière s’inquiète de la soutenabilité de la dette italienne et a donc milité pour un déficit aussi réduit que possible. Les enjeux internes ont toutefois prévalu et Bruxelles se trouve désormais au pied du mur italien.

Inaudible à l’extérieur de ses frontières, l’Union européenne est en pleine crise (de cacophonie) en interne. Bruxelles entend faire respecter les traités européens et assainir les finances publiques des Etats membres, mais l’Italie et sa coalition gouvernementale en ont décidé autrement. En effet, cette dernière a annoncé que le budget 2019 serait déficitaire à hauteur de 2,4 %. Un chiffre en dessous des 3 % autorisés, mais supérieur à ce qui avait été escompté initialement. La coalition de centre gauche au pouvoir avant l’arrivée de la coalition actuelle avait tablé sur un déficit de 0,8 % par an pendant trois ans. L’Union européenne avait appelé à un déficit inférieur à 2 % au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Giussepe Conte.

Les espoirs de la Commission ont été douchés avec un déficit qui s’élèvera donc à 2,4 %. Conte qualifie le budget de « raisonnable et courageux », ses alliés se félicitent tandis que Bruxelles agite déjà le chiffon rouge des sanctions. Pierre Moscovici a qualifié la dette italienne d’ « explosive » (131 % du PIB soit la seconde plus importante de la zone euro derrière la Grèce) et n’a pas hésité à sortir l’artillerie lourde. Le Commissaire estime que « les sanctions sont théoriquement possibles, car elles sont prévues par les traités. (Mais) je ne suis pas dans l’esprit des sanctions ».

La menace n’est même pas voilée quoique atténuée et ce sont les marchés financiers qui feront office de juge de paix. Les craintes de voir la soutenabilité de la dette s’échapper sont fortes. Les premiers signes sur les marchés vont d’ailleurs dans ce sens. Seule, l’Italie ne pourra pas faire face à une vague spéculative. C’est donc la Banque centrale européenne qui aura le destin de l’Italie entre ses mains. Si elle ne vient pas en aide à son pays membre (notamment pour des raisons politiques comme l’immigration), alors le Gouvernement italien sombrera in fine, mais finira par entraîner d’autres pays qui seront forcément touchés par les attaques spéculatives.

La marge de manœuvre de Rome est faible avec des promesses électorales coûteuses qu’il faut mettre en place. La marge de manœuvre de Bruxelles est tout aussi réduite. L’avenir n’a jamais été aussi incertain.

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