Non, la Chine ne fait pas ce qu’elle veut en Afrique, l’exemple du Gabon le prouve

Non, la Chine ne fait pas ce qu’elle veut en Afrique, l’exemple du Gabon le prouve

Lors du sixième Forum sur la coopération sino-africaine, qui s’est tenu à Johannesburg en décembre 2015, le premier ministre chinois, Li Keqiang, avait annoncé l’objectif que son pays s’était fixé en matière d’échanges commerciaux avec l’Afrique. Ceux-ci devaient plus que doubler à l’horizon 2020 pour atteindre 400 milliards de dollars, et ce alors même que la Chine s’était s’imposée dès 2009 comme le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Voilà qui ne manquait pas d’ambition. Et il faut avouer que le géant asiatique semblait être sur la bonne voie. En 2013, la Chine est devenue le quatrième investisseur en Afrique derrière la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, et le premier investisseur émergent, loin devant l’Inde. Les 2 500 sociétés chinoises implantées en Afrique sont présentes sur des secteurs aussi divers et stratégiques que le pétrole, les télécoms, la construction et toutes les infrastructures de transport.

Mais les investissements chinois en Afrique ne sont pas sans risques. D’abord économiques. Alors que certains pays du continent sont confrontés à la chute des cours du pétrole, du cuivre et du manganèse, une éventuelle réduction de la demande chinoise pourrait avoir des conséquences désastreuses. Or, comme on le sait, la croissance de l’économie en Chine n’atteindra plus les sommets de la décennie précédente et son PIB devrait progresser à un rythme annuel de 6 à 7 % d’ici à 2020.

A cela il faut ajouter les possibles conséquences néfastes sur les plans politique et écologique. L’empire du Milieu semble prêt à tout pour s’assurer l’énergie et le carburant nécessaires à sa croissance. Il a des besoins toujours croissants en pétrole, en gaz, en minerais et en bois. Alors que l’Afrique recèle près d’un tiers des ressources naturelles non exploitées dans le monde, les écologistes attirent l’attention sur les « pillages » dont elle pourrait être victime.

Les entreprises chinoises sont régulièrement accusées de délocaliser en Afrique des activités polluantes et intensives en main d’œuvre peu qualifiée. La Chine est souvent mentionnée comme l’un des acteurs principaux de l’accaparement de terres, et ses entreprises se retrouvent régulièrement à l’origine de graves catastrophes environnementales. Dernier scandale en date, l’ONG Greenpeace vient de publier une enquête selon laquelle une grande partie des forêts africaines est exploitée illégalement par des sociétés chinoises. Selon l’ONG, près de neuf millions d’hectares de forêts ont disparu entre 2000 et 2013.

La question est donc sur toutes les lèvres : est-il encore possible pour les pays africains de prôner le développement des relations commerciales avec la Chine ? Oui !, répond notamment le chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba. Il faut rappeler que celui-ci a fait de la diversification de l’économie gabonaise sa priorité absolue. C’est donc avec une certaine fierté qu’il annonce que son pays est devenu le partenaire privilégié de la Chine en Afrique. Celle-ci est le troisième fournisseur du Gabon avec un volume d’importation de 8,6 % et son premier client avec un volume d’exportation égal à 14,2 %.

Si le gouvernement gabonais est fier d’afficher ses bonnes relations commerciales avec le géant asiatique, dont la voracité fait peur à d’autres, c’est qu’il est persuadé qu’un partenariat gagnant-gagnant avec l’empire du Milieu est possible. A condition que des mesures volontaristes soient prises. Précisément, la question du bois est ici exemplaire. Le Gabon dispose d’une forêt équatoriale couvrant 87 % de son territoire. Le taux de déforestation n’y atteint que 0,02 % par an, comme le souligne le directeur du cabinet du Président, Maixent Accrombessi, et, selon Tanguy Gahouma Bekale, secrétaire général du Conseil national climat, le pays a « besoin d’exploiter [sa forêt], de façon raisonné, car nous voulons être rapidement classés comme un pays émergent ».

Pas question pour le Gabon de se priver d’une telle source de richesse et développement. Mais le pays compte faire respecter la loi et honorer ses engagements internationaux en matière écologique. Ainsi, depuis 2009, il a interdit l’exportation des grumes entières, qui générait beaucoup de déchets en créant peu de valeur, pour développer l’activité de transformation du bois. Objectif affiché, selon Maixent Accrombessi pour Jeune Afrique : « créer cinq fois plus de richesse et quatre fois plus d’emplois en 2025, tout en réduisant la surface forestière exploitée de 13 à 11 millions d’hectares, afin de préserver l’équilibre écologique. » Treize aires naturelles protégées ont par ailleurs été créées afin de protéger la biodiversité et lutter contre le changement climatique.

Perspicace, Ali Bongo Ondimba et son principal conseiller sur ces questions, Maixent Accrombessi, savent que la Chine, comme n’importe quel partenaire, peut aussi bien apporter des bienfaits que des méfaits. Tout dépend des conditions dans lesquelles se développent les relations entre les deux pays. Négociateurs et diplomates chevronnés, MM Bongo Ondimba et Accrombessi sont décidés à faire de la relation sino-gabonaise la référence même en matière de relations Sud-Sud. Ceci afin que ce partenariat ne profite pas qu’à l’empire du Milieu, mais aide le Gabon à remplir son objectif double : développer une économie inclusive (et non plus seulement extractive) et durable.

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