Corée du Sud : assumer son histoire pour mieux bâtir son avenir

Corée du Sud : assumer son histoire pour mieux bâtir son avenir

Ce lundi 13 août, les Corée du Nord et du Sud ont annoncé un sommet commun en septembre prochain à Pyongyang. Si cette nouvelle étape du rapprochement des deux pays montre que les plaies de la Guerre de Corée sont en passe d’être cicatrisées, celles de la guerre du Viêt Nam sont quant à elle encore largement taboues dans la société sud-coréenne, comme en témoigne la situation des Lai Dai Han.

La Corée à un tournant de son histoire

Les pourparlers, qui ont eu lieu dans la zone démilitarisée (DMZ) qui marque la frontière entre les deux Corée, ont abouti à la programmation d’une visite à Pyongyang du président sud-coréen Moon Jae-in — la première d’un chef d’État du Sud au Nord depuis plus d’une décennie — ainsi qu’à une réunion des familles séparées depuis la Guerre de Corée, ce qui n’avait pas eu lieu depuis 3 ans.

Il s’agit d’une nouvelle étape de l’exceptionnelle détente dont la péninsule coréenne est le théâtre depuis le début de l’année, après deux ans de montée des tensions en raison des programmes balistique et nucléaire de Pyongyang.

Élément le plus médiatisé de ce « dégel », la rencontre entre le leader nord-coréen Kim Jung-un et Donald Trump en juin dernier à Singapour a abouti à un accord qui, selon le président sud-coréen Moon Jae-in, « restera dans l’Histoire mondiale comme un événement historique ayant mis fin à la Guerre froide ».

La scission de la Corée en deux entités rivales trouve en effet son origine à la fin de la Seconde Guerre mondiale marquant le début de la Guerre froide.

En août 1945, la péninsule est libérée de l’occupation japonaise et séparée en deux zones d’occupation : au nord du 38e parallèle, les Soviétiques ; au sud, les Américains. Les premiers installent Kim il-Sunga (le grand-père de Kim Jong-un) au pouvoir à Pyongyang, tandis que les Américains font de même à Séoul avec Syngman Rhee, un anticommuniste farouche. Cette situation entraînera 3 ans de guerre (entre 1950 et 1953) et plus d’un million de morts pour aboutir à un retour une frontière le long du 38e parallèle.

Moon Jae-in et Kim Jong-un devraient discuter de la question d’un accord de paix afin de mettre formellement un terme à cette guerre fratricide qui s’était arrêtée sur un armistice et non sur un traité de paix.

Si cette douloureuse page semble en passe d’être tournée, il est une autre « guerre par procuration » à laquelle a participé la Corée du Sud : le Vietnam. Un chapitre comptant des parts d’ombre que Séoul a en revanche beaucoup de difficultés à assumer.

Une volonté de réécrire l’Histoire

Près de 43 ans après la fin de la guerre du Vietnam, les massacres et des viols de masse commis sur des femmes vietnamiennes par des militaires sud-coréens est toujours épisode largement méconnu en Europe. En effet, Séoul avait envoyé plusieurs centaines de milliers de soldats appuyer l’opération américaine en Asie du Sud-Est.

Les enfants nés du viol de ces civiles, dont certaines étaient âgées de seulement 13 ans, portent le nom vietnamien de « Lai Dai Han », ce qui signifie « sang-mêlé ».

Les Lai Dai Han — dont on estime le nombre entre 5000 et 30 000 — ainsi que leurs familles vivent depuis un véritable calvaire : racisme, exclusion sociale, professionnelle et économique en raison de leur ascendance étrangère et de leur absence de père.

Face à cet épisode sombre, les autorités sud-coréennes jouent la carte du déni voire du négationnisme : en 2013, face à la montée des accusations, le ministre de la Défense sud-coréen a affirmé que « vu que notre armée a exécuté sa mission sous des règles strictes, il n’y a eu aucune exploitation sexuelle de femmes vietnamiennes ».

Ce n’est pas la dernière fois que les autorités sud-coréennes ont tenté de réécrire l’Histoire : en 2015, le gouvernement impose un nouveau manuel scolaire. Les anciens étant jugés trop politisés et orientés à gauche, le gouvernement de Park Geun-hye avait proposé une nouvelle version plus sévère à l’égard de la Corée du Nord et plus conciliante à l’égard du régime de Park Chung-hee. Ce dernier avait pris le pouvoir en 1961 à la faveur d’un coup d’État militaire et a dirigé la Corée du Sud jusqu’à son assassinat en 1979.

Mais ces « nouveaux manuels scolaires » n’ont pas fait long feu : En 2017, le nouveau président Moon Jae-in signait un décret pour mettre au rebut les ouvrages préparés par le précédent gouvernement. « L’enseignement de l’histoire ne doit pas être utilisé comme un outil politique » déclarait le nouveau chef de l’État. En dix ans, il y a donc eu pas moins de trois versions pour l’enseignement de l’Histoire en Corée du Sud. Une instabilité qui prouve que le sujet demeure brûlant au « pays du matin calme ».

Si le nouveau président Moon Jae-in a manifestement la volonté de se réconcilier avec son frère nord-coréen, il doit également se réconcilier avec son histoire. Ce n’est qu’en se déchargeant de ce fardeau que la Corée du Sud pourra envisager sereinement son avenir dans la région.

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