Remplacement des F-16 : quels impacts pour l’économie belge ?

Remplacement des F-16 : quels impacts pour l’économie belge ?

La Belgique choisira-t-elle de remplacer ses avions de combat par les F-35 américains, sans aucune garantie de retombées économiques, ou fera-t-elle le choix de constructeurs européens qui s’engagent, au contraire, à créer des emplois et vivifier le tissu économique et industriel belge ?

La Belgique doit prochainement remplacer sa flotte d’avions de combat, et son secrétaire d’Etat en charge du Commerce extérieur a sa petite idée sur la question. Pour Pieter de Crem, seuls les F-35 de l’Américain Lockheed Martin seraient à même de prendre le relai des antiques F-16 de la flotte belge, au motif que la Belgique doit « réaliser le meilleur achat en termes militaires et économiques. L’argument géographique ne compte pas. Ainsi, le fait d’être  »un bon Européen » ne suffit pas », expédie le ministre.

Les F-35 américains auraient « un très faible impact sur l’économie belge » 

L’argument des retombées économiques – un passage obligé dans ce type de négociations – du programme américain ne convainc pourtant pas. En témoigne une note interne des services de la Région de Bruxelles-Capitale, obtenue début juin par l’agence AFP. Un document selon lequel le gouvernement bruxellois suggère d’écarter la candidature du F-35 au profit de l’un de ses deux concurrents, le Typhoon d’Eurofighter, un consortium réunissant le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, et le Rafale de l’avionneur français Dassault.

La note des services de Bruxelles évalue le « retour industriel possible » à « 4 milliards d’euros sur 20-30 ans », dont l’économie de la région bruxelloise profiterait à hauteur de « 5-10% ». « Le choix du partenaire sera important sur les retours économiques », poursuit le document, qui torpille les F-35 : « En effet, les experts aéronautiques avancent que l’avionneur américain, partenaire jusqu’ici semblant être privilégié par le gouvernement fédéral, n’est pas connu pour être très volontariste ni même actif en termes de retours économiques ». « Cela fait craindre un très faible impact sur l’économie belge ainsi que sur l’économie bruxelloise », conclut la note.

Dans un paysage politique aussi complexe que celui de la Belgique, l’achat de nouveaux avions est décidé au niveau fédéral, mais les retombées économiques le sont au niveau régional. Mais au-delà de la sempiternelle opposition entre Flandre et Wallonie, « la première erreur du gouvernement belge est d’avoir dit qu’il voulait un avion sans obliger le marché à garantir des retombées économiques », estime le député Benoit Hellings, vice-président de la Commission de la Défense à la Chambre.

De fait, seules de très hypothétiques collaborations en matière de recherche sont évoquées par l’Américain. « Il serait anormal qu’un contrat de plusieurs milliards ne débouche pas sur des emplois durables », s’inquiète le député Sébastien Pirlot, qui met aussi en garde contre l’explosion des coûts habituellement constatée avec les avions de Lockheed Martin. Alors qu’un F-35 coûte entre 80 et 100 millions de dollars, « les pays qui ont déjà eu le F-35 ont vu la facture monter jusqu’à 125 millions », ajoute le député.

Typhoon, Rafale : des milliers d’emplois et des dizaines de milliards de retombées à la clé 

Au contraire du F-35, ses concurrents britanniques et français promettent des retombées économiques non négligeables pour la Belgique. Les Britanniques de BAE Systems promettent ainsi quelque 19 milliards d’euros de retombées et pas moins de 6 000 emplois créés localement. Le gouvernement anglais propose également d’installer deux centres de fabrication, l’un en Flandre et l’autre en Wallonie – malin –, ainsi que la construction de centres de formation, d’innovation et de cybersécurité.

Quant au groupement français d’intérêt économique (Dassault Aviation, Thales et Safran), il évoque la création de 5 000 emplois « à haute valeur technologique » en Belgique, assortie de 20 milliards d’euros de retombées économiques sur une période de 20 ans. La France propose aussi à la Belgique un partenariat comprenant, outre la fourniture de 34 Rafales, « une coopération approfondie » dans les domaines militaire et industriel – et évoque la nécessité d’un geste hautement symbolique, à l’heure où l’Europe de la Défense, véritable serpent de mer, est en passe d’être relancée.

Des promesses trop belles pour être vraies ? « On ne demande pas de nous croire les yeux fermés, explique Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation. On apportera les garanties de ce que nous affirmons aujourd’hui ». Autant d’arguments dont on espère qu’ils parviendront aux oreilles du gouvernement fédéral et du ministre Pieter de Crem.

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