Bauxite : la Chine pointée du doigt par les mineurs guinéens  

Bauxite : la Chine pointée du doigt par les mineurs guinéens  

La tension ne retombe pas à Boké, en Guinée. Voici plus d’un mois que la ville, véritable épicentre de l’extraction de la bauxite, s’est soulevée. A la suite du décès d’un habitant, renversé par un camion transportant le précieux minerai, de nombreux manifestants sont descendus dans les rues. Plusieurs bâtiments officiels et privés ont été la cible d’attaques. Les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait des blessés et un mort supplémentaire. Une crise qui met en évidence les manquements dont l’industrie de la bauxite chinoise se rend coupable en Guinée.

Les doléances des habitants contre les sociétés minières

Les sociétés minières présentes à Boké sont au cœur des mécontentements. La surproduction de bauxite, un minerai indispensable à la composition de l’aluminium, ne profite que marginalement aux populations locales. Pire, cette extraction à outrance, combinée au transport de la bauxite par camions non-bâchés, entraine une forte pollution de l’environnement.

Perdants sur tous les tableaux, les habitants de Boké ne se sont pas contentés d’exprimer leur colère dans la rue. Afin de faire entendre leurs revendications auprès des autorités guinéennes comme des entreprises minières, ils ont mis sur pied un « comité de crise », constitué d’une vingtaine de membres des communautés locales.

C’est un véritable cahier de doléances qu’a constitué le comité au nom des habitants de Boké excédés. Après des décennies d’exploitation de la bauxite par les sociétés minières, « l’impact économique se fait toujours attendre, déplore le Memorandum des populations de Boké. Les effets néfastes de cette exploitation sont remarquablement visibles sur la santé des populations et sur l’environnement, qui (subissent) des méfaits profonds et durables ».

« Bien qu’elle soit considérée comme le poumon économique du pays, à l’heure actuelle, la population de Boké vit dans une précarité absolue », poursuivent les signataires du document. Et de lister les nombreux dysfonctionnements et problèmes auxquels ils font face, parmi lesquels les coupures régulières d’eau et d’électricité, l’insécurité routière, ou encore « la marginalisation des fils du terroir dans le recrutement au sein des compagnies minières ».

Les dégâts causés à l’environnement sont également au cœur des préoccupations du comité. Ses membres déplorent ainsi « la destruction des forêts, de la biodiversité, des pâturages et des domaines agricoles par (…) l’exploitation minière », ou encore « la pollution de l’environnement qui affecte la santé de la population ».

Enfin, le comité de crise s’indigne du peu de retombée financières de l’exploitation de bauxite et du « refus par les sociétés minières d’octroyer des marchés de sous-traitance » aux entreprises locales. Autant « d’énormes dégâts humains, matériels et financiers » que les habitants de Boké entendent combattre, en dressant une liste de 35 revendications.

Outre des travaux de voirie et d’infrastructures, les indignés de Boké demandent le respect de l’article 108 du code minier guinéen, selon lequel les groupes miniers « sont tenus d’employer, en priorité, des résidents de la communauté locale », mais également le respect du code de l’environnement.

Ils exigent aussi un meilleur accès à l’emploi de la jeunesse locale et « l’arrêt immédiat de toutes les agressions physiques et verbales des étrangers (Chinois, Libanais…) sur les employés guinéens de la SMB ». La SMB, ou Société minière de Boké, est en effet au centre des récriminations des habitants. Propriété du géant chinois de l’aluminium Hongqiao, la compagnie, nouvellement arrivée dans la région, attise les tensions, ses camions répandant encore plus de bauxite sur leur passage.

Pour Alpha Condé, les Chinois doivent produire l’alumine sur place

Alors que la production de Bauxite constitue la première source de revenus du Trésor guinéen, l’Etat s’est mobilisé afin d’apaiser la situation à Boké. Le ministre des Mines, Abdoulaye Magassouba, s’est saisi du dossier et s’est rendu sur place.

Un premier round de négociations a permis à 12 des 35 revendication du comité de crise de trouver une issue favorable. Les sociétés minières de Boké se sont ainsi engagées à recruter davantage d’entreprises et de travailleurs locaux, ou encore à construire une route contournant la ville afin de réduire l’impact environnemental des poussières de bauxite.

Début mai, une nouvelle liste de 13 revendications a été soumise au gouvernement guinéen par le ministre des Mines. Y figurent la fourniture d’eau potable et de courant électrique 24 heures sur 24, « la protection des points de passage des troupeaux et l’aménagement des pâturages en relation avec les éleveurs » et « la création (…) d’un centre de formation professionnelle spécialisé pour la qualification des nombreux jeunes sans métier ».

De son côté, le président guinéen, Alpha Condé, a profité de sa présence au Symposium des Mines de Guinée pour demander à ce que les entreprises minières les plus importantes soient « obligées de construire une usine d’alumine » dans son pays. La Chine, en effet, préfère importer la bauxite brute sur son territoire, où ses usines transforment le minerai en alumine, un composant précédant la production de l’aluminium. Si l’opération est profitable aux sociétés chinoises, elle prive la Guinée d’une production à haute valeur ajoutée, susceptible d’améliorer significativement la richesse du pays et le niveau de vie de ses habitants.

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