Énergie nucléaire : malgré l’arrêt de réacteurs, la France aborde sereinement l’hiver

Énergie nucléaire : malgré l’arrêt de réacteurs, la France aborde sereinement l’hiver

L’ASN a demandé à EDF, mardi 15 novembre, des compléments d’information sur les tests que l’électricien français réalise sur ses réacteurs arrêtés. Si la production devrait reprendre début janvier, pas de quoi craindre une pénurie d’énergie pour autant, selon le gouvernement.

Première énergie électrique en France, le nucléaire est aussi la plus commentée dans les médias tricolores. Le flux d’actualités concernant l’état du parc ne semble plus vouloir s’arrêter, obligeant le groupe français à intervenir afin de rétablir quelques vérités. Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire français en exploitation, était par exemple sur les ondes de France Inter, le 2 novembre dernier, dans le but d’exposer clairement et sans langue de bois la situation actuelle.

Largement évoquée dans la presse nationale, l’actualité nucléaire française des dernières semaines se résume aux imprévus rencontrés par l’énergéticien EDF dans la gestion de son parc. L’événement de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne), tout d’abord, a eu pour effet d’attirer les projecteurs et de concentrer l’attention médiatique sur une filière considérée comme déterminante pour l’approvisionnement énergétique du pays.

« Événement significatif »

Pour rappel, l’une des cheminées de la centrale a émis des rejets gazeux dépassant le seuil réglementaire (fixé à 4 MBq/m3) pendant deux minutes, le 19 octobre dernier. Une augmentation de l’activité radiologique qui a provoqué l’arrêt de l’intervention en cours et été rapportée immédiatement par EDF au gendarme du nucléaire français, l’Autorité de sécurité nucléaire (ASN).

Après vérification, les balises de surveillance de l’environnement situées en zone nucléaire et autour de la centrale n’ont détecté aucun impact sur l’environnement ni pour le personnel du site. Comme l’expliquait alors sur France 3 Midi-Pyrénées Paul Bougon, chef de la division bordelaise de l’ASN, « cet événement significatif n’a pas (eu) de conséquence sur l’environnement ni sur la population ». Et ce « parce que l’exploitant s’en est rapidement rendu compte » et a « arrêté tout de suite la manœuvre […] à l’origine de ce rejet ».

Une réactivité soulignée également par Philippe Sasseigne au micro de France Inter. Le directeur du parc nucléaire en exploitation a souhaité, sans pour autant minimiser l’importance de l’événement, rappeler l’efficacité des procédures de sûreté et de sécurité en France ; il a également mentionné l’utilité des nombreux essais réalisés à longueur d’année par EDF et les institutions publiques de la filière – outre l’ASN, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Teneur excessive en carbone

L’exploitation des centres de production nucléaire en France est régie depuis les années 1970 par des règles de sécurité et sûreté très strictes. Elle répond depuis 2004 à la réglementation « ISO 14001 », imposant à l’exploitant la prévention des pollutions ainsi qu’une recherche d’amélioration constante en matière de performance environnementale. « Le groupe EDF est le premier responsable de la sûreté des installations nucléaires et doit mettre en œuvre, en accord avec l’ASN, les dispositions qui permettront de garantir leur bon fonctionnement, d’éviter les accidents et de gérer les éventuels incidents de manière à en minimiser les conséquences », a précisé le directeur du parc.

De son côté, l’ASN est chargée en tant qu’autorité administrative indépendante, de s’assurer que l’exploitant respecte les exigences de la réglementation en matière de sûreté nucléaire, et de contrôler les installations de manière régulière. Elle réalise notamment l’ensemble des examens décennaux d’exploitation et peut exiger ponctuellement certains contrôles supplémentaires. C’est le cas aujourd’hui encore pour 12 des 18 réacteurs concernés par la détection d’une teneur excessive en carbone dans l’acier de leurs générateurs de vapeur. Une anomalie diagnostiquée par l’ASN et susceptible d’affaiblir leur résistance, qui a déjà été contrôlée par EDF. Alors que six premières unités ont pu redémarrer sans difficulté avec l’accord de l’Autorité, sept autres ont été contrôlées et attendent la validation du gendarme du nucléaire. Cinq derniers réacteurs seront examinés d’ici le mois de janvier, comme annoncé par EDF dans son communiqué de presse fin octobre.

« Garantir l’équilibre entre l’offre et la demande »

Cette campagne de contrôles a suscité quelques inquiétudes quant à la capacité du groupe français à produire la quantité d’électricité suffisante pour répondre à la demande hivernale. Des craintes non justifiées pour la ministre de l’Energie, Ségolène Royal, qui a assuré, le 4 novembre dernier sur Europe 1, que la France ne connaîtrait pas de pénurie d’électricité cet hiver malgré l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires. « C’est une très bonne chose, finalement, qu’un certain nombre de réacteurs soient contrôlés sous la responsabilité de l’Autorité de sûreté nucléaire. C’est aussi une occasion extraordinaire de lancer une campagne – que je vais lancer dans quelques temps – sur les économies d’énergie », a-t-elle ajouté.

En effet, si ces arrêts prolongés ont poussé le groupe EDF à revoir son objectif de production nucléaire et son objectif d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) pour 2016, ils n’impliqueront pas de risques réels pour la sécurité énergétique de la France. L’approvisionnement national en électricité, géré par Réseau de transport d’électricité (RTE) en partenariat avec les fournisseurs d’électricité, dispose de nombreuses cordes à son arc. Energies renouvelables, hydraulique ou thermique, « le groupe EDF a de quoi compenser une chute de la production nucléaire » d’après Philippe Sasseigne.

Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), installations hydroélectriques qui puisent aux heures creuses de l’eau afin de produire de l’électricité en heures pleines, sont un bon exemple de moyen palliatif. La technique du « pompage-turbinage » présente en effet différents avantages, dont celui d’être très réactif. Et, ainsi, de pouvoir équilibrer rapidement l’offre électrique en cas de hausse de la demande. RTE, à ce moment-là, pourrait avoir « recours aux interconnexions pour garantir l’équilibre entre l’offre et la demande » indiquait d’ailleurs Philippe Sasseigne. L’hiver, semble-t-il, peut arriver en France.

 

Crédits photo : AFP/Florin

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