Centrale de Bouchehr : l’Iran concrétise ses ambitions dans le nucléaire civil

Centrale de Bouchehr : l’Iran concrétise ses ambitions dans le nucléaire civil

 

Un an après les accords de Vienne qui limitent le programme nucléaire iranien au seul domaine civil, la République islamique est désormais perçue comme un partenaire potentiel désireux de s’impliquer dans la recherche et le développement de la technologie nucléaire. Téhéran, qui a lancé au mois de septembre la construction de deux réacteurs nucléaires sur le site de Bouchehr, a fait de l’atome une de ses priorités de développement dans le secteur énergétique et entend s’imposer comme une puissance nucléaire de poids. 

Fortement convoité depuis l’accord de Vienne et l’apaisement des tensions internationales, le marché énergétique iranien laisse entrevoir de très fortes perspectives de développement. Le président de la République, Hassan Rohani, souhaite garantir aux 80 millions d’Iraniens un approvisionnement électrique de qualité, et entend pour ce faire développer et structurer une filière industrielle nucléaire à l’échelle nationale. Téhéran cherche donc à attirer les investisseurs dans ce secteur afin d’augmenter sa production d’énergie décarbonée et réduire in fine sa dépendance aux hydrocarbures – comme promis en marge de la COP21 à Paris.

« Promouvoir l’échange et la coopération »

L’organisation iranienne pour l’énergie atomique et l’agence russe Rosatom, ont conclu en 2015 un protocole d’accord prévoyant la construction de nouveaux réacteurs nucléaires à eau pressurisée (VVER) sur le territoire iranien. Ce nouveau partenariat s’est concrétisé, début septembre dernier, par le lancement du chantier de deux réacteurs supplémentaires, sur le site de la centrale de Bouchehr, dans le sud-est du pays. Les travaux, qui coûteront environ 10 milliards de dollars, seront achevés dans dix ans et permettront d’épargner à l’Iran 22 millions de barils de pétrole par an. Au total, six réacteurs devraient être construits dans les années à venir par la Russie en Iran, qui entend mettre en service à plus long terme vingt réacteurs de 1 000 MW chacun.

Ce nouveau programme de développement nucléaire devra toutefois respecter scrupuleusement les conditions imposées par l’accord de Vienne du 14 juillet 2015. La construction et la fourniture du combustible seront donc effectuées sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Et s’il n’est pas exclu que certains éléments du combustible soient produits en Iran, c’est Moscou qui fournira le combustible et s’engage à le récupérer et le recycler après usage. Pendant deux ans, l’exploitation sera assurée sous le contrôle des experts russes qui géreront en parallèle la formation du personnel iranien.

Outre ce partenariat avec la Russie, l’Iran a également multiplié ces derniers mois les accords d’échanges bilatéraux dans le but d’affiner ses connaissances et d’accroître son rôle sur la scène internationale. Des responsables iraniens sont parvenus, en juillet dernier, à un accord général avec la partie française pour une coopération conjointe sur le mégaprojet international de fusion nucléaire, plus connu sous le nom d’ITER. Plus récemment, l’Inspection de la sécurité nucléaire suisse (IFSN) et l’autorité de surveillance nucléaire iranienne (INRA) ont signé, en marge de la 60ème conférence générale de l’AIEA à Vienne, une convention de coopération visant à « renforcer la sécurité nucléaire ainsi qu’à promouvoir l’échange et la coopération entre les deux autorités de surveillance ».

Plébiscite

Si les velléités nucléaires de l’Iran dans le domaine militaire ont, ces dernières années, monopolisé l’attention, l’atome a toujours été perçu par Téhéran comme une alternative nécessaire pour garantir son approvisionnement électrique. La construction de la première centrale nucléaire, à Bouchehr, a ainsi commencé en 1975 à l’aide d’entreprises allemandes. Sauf que les travaux ont dû être interrompus, après que les Etats-Unis ont imposé un embargo sur les hautes technologies à la suite de la révolution islamique de 1979. La Russie avait ensuite signé en 1998 un contrat avec l’Iran pour en achever la construction.

Opérationnelle depuis plusieurs années – et prête aujourd’hui à accueillir deux réacteurs supplémentaires –, la centrale de Bouchehr symbolise les ambitions nouvelles du gouvernement iranien en matière énergétique et environnementale. Et permet à l’Iran de respecter la nécessité, pour des pays dotés de vastes ressources fossiles, de s’adapter aux enjeux climatiques actuels. L’énergie nucléaire est en effet plébiscitée dans un nombre croissant de pays désireux de s’appuyer sur une énergie de base à la fois bon marché, stable et non émettrice de gaz à effet de serre. Parmi eux : certains pays du Golf comme l’Arabie saoudite ; de nombreux pays africains – Afrique du Sud, Angola, Nigéria, Egypte – ; plusieurs pays européens ou « occidentaux » qui relancent depuis peu leur programme de développement nucléaire, comme le Japon, les Etats-Unis ou très récemment, le Royaume-Uni. Le gouvernement britannique vient en effet de donner son feu vert à EDF pour la construction des deux réacteurs EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

A ce jour, trente-et-un pays disposent de centrales nucléaires, qui produisent un peu moins de 11 % de l’électricité mondiale. Une douzaine d’entre eux dépendent du nucléaire pour au moins un tiers de leur production, parmi lesquels la France (75 %), la Hongrie, la Slovaquie et l’Ukraine (50 à 55 %). Aux Etats-Unis, la proportion est d’environ 20 %, comme en Grande-Bretagne.

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.