« The Eurasian Media Forum » : journalistes de tous les pays, unissez-vous !

« The Eurasian Media Forum » : journalistes de tous les pays, unissez-vous !

Près de 800 participants venant de 60 pays ont partagé leurs avis sur les « fake news », l’impact des nouvelles technologies sur les médias ou encore l’évolution récente des rapports de force géopolitiques. Organisé depuis 2002 au Kazakhstan ce rendez-vous annuel s’impose comme un des lieux incontournables pour réfléchir aux enjeux de l’information et la communication de demain.

 

Depuis une vingtaine d’années, les sommets internationaux en tout genre se multiplient. Symptômes d’une époque en quête de multilatéralisme, ils ont lieu à Paris, New York ou Dubaï, et réunissent les acteurs incontournables sur un sujet donné. Réchauffement climatique, stabilité boursière mondiale, progrès contre le cancer… Le but est toujours le même : favoriser des rencontres, multiplier les échanges, et faire émerger des synergies. Depuis 2002 à Almaty au Kazakhstan, un vaste sommet réunit chaque année les grands acteurs et les leaders d’opinion du monde journalistique et médiatique.

Avec une particularité : ce « Forum eurasien des Médias » rassemble principalement, comme son nom l’indique, des personnalités européennes et asiatiques. Almaty, au cœur de l’Asie centrale, à cheval sur les deux continents, s’est ainsi imposé comme un lieu de rencontre entre deux espaces continentaux. Les différences culturelles alimentent les sujets de débats, d’années en années : où commence un média public, où commence la propagande ? Qu’est-ce que la vérité pour un journaliste ? Quel doit être son rôle dans la société ? L’occasion pour les intervenants d’apprendre, mais aussi d’abandonner certains préjugés.

Cette 15e édition du Forum, du 22 au 24 mai, n’a pas dérogé à la règle. Placé sous le thème « 15 années d’évolution », le Forum a permis à des responsables politiques, des diplomates, des chercheurs et journalistes du monde entier de partager leurs réflexions sur les principales évolutions politiques, économiques et médiatiques de ces dernières années. L’occasion d’aborder l’impact des nouvelles technologies sur l’information, et notamment le phénomène des « fake news ». À l’issue des exposés et des débats, une conclusion : Malgré les apparences, tous les pays sont concernés par le phénomène, pas uniquement les pays européens. Ces informations falsifiées représentent désormais une véritable arme de déstabilisation par des adversaires de l’intérieur, mais aussi des ennemis de l’étranger. Le récent cas du Qatar, qui a subi un important blocus économique et diplomatique par ses voisins du Golfe après le piratage de son agence de presse officielle, a notamment été évoqué.

Steven Somerville, président de la Reuters Society, a souligné les nouvelles responsabilités des organes de presse face à ce phénomène : « Les devoirs des journalistes sont plus grands qu’auparavant. Ils sont plus importants parce qu’il y a plus de possibilités de se tromper délibérément ou par accident, et les erreurs peuvent être diffusées dans le monde entier très rapidement — instantanément — avant qu’elles ne puissent être vérifiées et éventuellement corrigées ».

 

Le Kazakhstan terrain d’entente entre Europe et Asie

Le Kazakhstan, entre Europe et Asie, est un formidable lieu de rencontre entre des professionnels et des spécialistes qui ont souvent des métiers similaires, mais des méthodes de travail et des environnements culturels radicalement différents. Lors de sa présentation, l’ancien Premier ministre italien Matteo Renzi a longuement souligné l’intérêt de ce Forum, et le sens de sa tenue à Almaty. L’ex-chef du gouvernement a tenu à marteler un impératif, celui du dialogue. Une critique à peine voilée contre l’unilatéralisme et les méthodes brutales du locataire de la Maison Blanche. C’est en raison du manque de confiance dans les institutions que prospèrent les fausses nouvelles et les théories complotistes. D’où l’importance d’établir un dialogue sain entre les nations, entre l’Europe et l’Asie, mais aussi entre les autorités de Bruxelles et les Européens : « La principale priorité de l’Union européenne aujourd’hui ne devrait pas être la situation économique, mais le renouvellement du contact avec ses citoyens. L’accent devrait être mis sur la création d’un sentiment d’identité, l’exploitation de la culture européenne et des valeurs humaines, c’est le seul moyen de gagner contre le populisme ».

Humblement, le fondateur de l’événement, Dariga Nazarbayeva, admet que les bonnes intentions et les bonnes idées relevées lors de ce Forum resteront lettre morte sans volonté politique. Mais le responsable kazakh ne se décourage pas : c’est l’occasion de trouver un terrain d’entente, y compris « entre déléguées ayant des points de vue diamétralement opposés », affirme-t-il. Une voie raisonnable, face aux irresponsables qui donnent de la voix.

Thierry Douglas

 

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