Macédoine : une victoire à la Pyrrhus

Macédoine : une victoire à la Pyrrhus

Le referendum portant sur le changement de nom de la Macédoine s’est donc conclu sur un raz-de marée en faveur du « oui » (92 %). Pourtant, les promoteurs du « oui » font grise mine à cause d’un taux de participation anémique (36,27 %) qui invalide le résultat du scrutin. La Macédoine est dans l’impasse et voit s’ouvrir devant elle une période d’incertitudes lourde de conséquences.

La paix des braves devra donc attendre. Les difficiles négociations entre la Grèce et la Macédoine se sont finalement écrasées contre le mur de l’abstention. Après des décennies de brouille, les deux voisins s’étaient pourtant accordés pour que la Macédoine prenne officiellement le nom de Macédoine du Nord. L’accord devait permettre de normaliser les relations entre les deux pays. Il devait être aussi le premier pas vers une adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN. En raison de l’importance des enjeux, même la Russie avait été accusée de vouloir faire entendre sa voix en poussant les électeurs à rester chez eux.

Pression russe réelle ou fantasmée, les électeurs macédoniens ont été une minorité à se rendre dans les bureaux de vote. Avec 36,27 % de taux de participation, le résultat du scrutin ne peut pas être entériné et les autorités macédoniennes se retrouvent dans l’impasse. Une situation qui semblerait en partie due aux listes électorales complètement obsolètes et pourtant encore utilisées dans le pays. Ces listes ont été constituées d’après un recensement vieux de 16 ans et au moins 300 000 personnes sont parties vivres à l’étranger entre temps.

Interviewé par France Culture, l’historien français Jean-Arnault Dérens explique les raisons peu avouables d’une telle obsolescence. « En Macédoine, les listes électorales sont complètement bidon : un grand nombre des gens qui y figure est décédé depuis longtemps et un plus grand nombre encore n’habite plus dans le pays. Mais tous les partis se sont accommodés de ces listes « bidon » parce qu’elles permettent toutes les manipulations ». Un accommodement qui se retourne aujourd’hui contre les promoteurs du referendum.

Le pays est désormais bloqué, sans possibilité d’adopter un nouveau nom au cours des prochains mois. Pire, le rêve européen s’éloigne un peu plus. Les réformes pour transformer radicalement le système sont plus que jamais hypothétiques. La Macédoine est-elle condamnée à faire du surplace ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.